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H

mardi 13 octobre 2015, par Séverine Capeille


Tout est question d’étymologie dans la vie.
Je ne comprends pas pourquoi les autres n’y prêtent pas attention. Moi, je n’oublie rien de mes origines. Et je connais parfaitement ma valeur phonétique. Je suis droit dans mes bottes, toujours au garde-à-vous, pas complexé pour un sou. J’assume tout. Je peux me situer en début de mot afin d’empêcher une élision ou une liaison, tout comme je peux totalement m’abstenir de représenter un son. Je peux être aspiré comme la drogue que l’on fume, tout comme je peux rester complètement muet face aux dégâts causés par la bombe qui porte mon nom. Remarquez d’ailleurs que la bombe atomique est autorisée, mais pas le haschisch. Pour sûr, s’ils avaient fumé un peu plus de joints, ils n’auraient pas inventé ces engins. Enfin, ce que j’en dis… Je n’ai pas vraiment d’avis. Je me contente de constater. Et de faire le travail pour lequel je suis sollicité. Je tombe sur les villes comme une pluie d’acier, je m’élève dans le cerveau des drogués… Dans tous les cas, je ne fais que passer. Mais je laisse de sacrées traces. Perec dirait que j’écris l’Histoire avec sa grande hache. Et il aurait raison. Je suis la plus dangereuse des armes de destruction. A fusion, je dois admettre que je me révèle beaucoup plus efficace que les autres bombes à fission. Croyez bien que je n’en tire aucune gloire. J’obéis aux ordres. Je ne pose pas de questions. Je me tiens prêt pour la fameuse heure fixée à l’avance pour les opérations. Explosion, onde de choc, effet de souffle, radiations. Oui, de quoi rester muet devant tant d’ingéniosité pour exterminer son prochain. De quoi avoir envie de fumer un joint.
Dans ce domaine, vous n’imaginez pas comme ma côte de popularité ne cesse d’augmenter avec les années. Un jour, juste pour voir, j’ai demandé à Google : « Nombre de fumeurs de cannabis dans le monde », et j’ai suivi le premier lien. Je ne détaillerai pas les chiffres et la vitesse à laquelle les compteurs défilaient afin d’offrir des statistiques en temps réel, mais je peux dire que le résultat était proprement stupéfiant. J’en suis resté bouche bée pendant un bon moment. Je ne me savais pas autant aspiré. Mais là encore, n’allez pas croire que j’en tire une quelconque bouffée de satisfaction. Je prends simplement acte de mon rôle à jouer. Les « Paradis artificiels » ne sont pas toujours plus simples à atteindre qu’une cible de guerre. Sachez qu’un certain nombre de problèmes se posent dès la racine. Au cœur du THC. Mais le vrai drame, pour moi, c’est que mon étymologie est contestée. Je serais, selon une hypothèse linguistique, à l’origine du mot « assassin » [1]. S’il s’agissait d’évoquer la bombe à fusion qui détruit tout sur son passage, je comprendrais, mais pour les joints… ?

Notes

[1] « Une hypothèse linguistique fait dériver le mot assassin du persan hashishiyyin, qui désigne les fumeurs de haschich. » Source Wikipédia .

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