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Je m’appelle P

jeudi 10 septembre 2015, par Séverine Capeille


J’ai toujours fait le pitre. C’est plus fort que moi : il faut que j’amuse la galerie. Je crois que c’est une façon de me protéger, de masquer ma fragilité. Je me sens tellement vide à l’intérieur. Alors j’aime entendre les éclats de rire, déformer les visages, creuser les rides du bonheur. Ça me permet d’oublier. Oublier qu’on oublie fréquemment de me prononcer. Que ce soit à la fin d’un mot ou au milieu, je compte trop souvent pour du beurre. C’est vrai, on m’entend dans les liaisons, mais quelle piètre consolation ! Ça me fait une (seule et unique) belle jambe, tiens ! J’en prendrais presque une (demi-) grosse tête ! Ah, laissez-moi rire ! Sans compter que je me fais souvent talonner par ce crétin de H, et que j’en perds ma sonorité. Je suis bien obligé de me faire remarquer comme je peux. Dès qu’on m’en donne l’occasion, je fais le clown, le bouffon, le fanfaron. C’est ma façon de quémander de l’attention. De me sentir vivant. De faire illusion. Car nul ne peut imaginer la gravité de mes nuits sans sommeil. Quand je pense à la vie que j’aurais pu avoir si… Quand je compte le nombre de trains que je n’ai jamais pris. Comme des moutons mécaniques sur le Tic-Tac de mes regrets. Parce que j’étais promis à un bel avenir, moi. Je le sens. Je le sais. J’aurais pu chasser des papillons. Les attraper dans mon filet. Avec ce physique, j’ai raté ma vocation. Je suis resté à quai. Comme un pantin désarticulé sur un parking, laissé par un enfant distrait.

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