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Carnets d’Asie - 4 -

dimanche 28 octobre 2012, par Mireille Disdero


Départ, le train de la Réunification (Viêt-Nam)

A l’aube, Hanoï est calme. Les scooters sont au repos.
La gare ressemble à un souvenir d’enfance qui aurait sauté quelques générations… en arrière. Le long train de la Réunification patiente au quai 3. Devant chaque entrée de wagon, une employée des chemins de fer vietnamiens en uniforme attend, vérifie les billets.
Après, tout s’accélère. De tout petits enfants grimpent avec leurs parents, leurs frères, des vieux et des vieilles (parfois privées d’un bras), des ados bruyants avec Smartphones, tout un monde chargé de sacs, valises, cartons, sachets bourrés de fruits, grignotage pour 34 heures de roulis, cantines, bouteilles d’eau, mallettes, livres, jouets pour bébés, sacs à langer, journaux… et puis tout l’univers, pourquoi pas ? Au matin, l’aventure est dans un bol de Phô, avec ses herbes aux saveurs qui se répondent puis nourrissent les voyageurs. Ne courrez pas sans but vers la sérénité… Elle est ici, simplement, dans ce moment parmi d’autres, tout au long de la voie qui mène à Saigon.

Hô-Chi-Minh-Ville en septembre

*

Octobre 2012 - Kuala Lumpur, Malaisie, dans le prolongement de la Thaïlande, toujours plus au sud. Je pense déjà à Bornéo, à la jungle…

Kuala Lumpur d’abord.

Le métro. Des femmes voilées sont habillées avec grâce, parfois dans des drapés fluides et légers comme de la soie. Elles ont des allures de princesses ou de femmes effacées suivant qu’elles sont accompagnées par le mari ou entre elles. Dans le quartier indien, une adolescente déambule sur le trottoir, armée d’un MP3. Elle écoute le monde, vêtue en danseuse. Devant le temple sikh, un homme sommeille sur le sol, sans chaussures, privé de chapeau, offert aux regards et biblique à sa façon Tu es poussière et y retournes. Les passants l’observent à la dérobée mais un Américain immense le mitraille de photos. L’homme au sol a les traits couleur café, le visage maigre et les mains abîmées comme peut l’être la vie sur terre, contre l’asphalte et ses crachats séchés, lavés chaque jour vers le soir par la pluie tropicale. Plus loin un vieux dort sur un chariot avec une grosse peluche dans les bras. Je pense que le manque d’affection est universel. On traverse la rue en direction de Little India. L’odeur d’encens se fait plus envoûtante, alors les souvenirs envahissent le présent, des couleurs sur les étals amplifient la sensation de vivre. Mais la musique de la rue comme une écharpe Pashmina, douce et caressante, prolonge le voyage au-delà du pays. Nous bouclons nos sacs en scrutant les tours Petronas. Dans China Town quand vous viendrez, entrez dans le Old China Cafe. Parfois ce qui est vieux nous attire. C’est notre mémoire universelle ou quelque chose comme ça.

*

Éveil

Le ciel avec ses insectes vibre
Son bleu perdu entre les gratte-ciel
La terre à l’odeur de trombe d’eau sous le béton
Remuée par les pluies enjambe les ponts

Au-delà de nos peaux existe d’autres sensations
C’est l’été quelque part et l’automne là-bas
Où sont les mains, les bras, les silences…
Une année glisse sur les rails du Sky train
Des visages d’anges perturbent le paysage
Et c’est le soir, à peine le temps de rêver
Qu’un orage s’incruste en nous et revient
Chargé d’odeurs qui éveillent l’instinct d’océan

Bangkok, Thaïlande - octobre 2012

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