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Soirée d’ Afrique

dimanche 3 avril 2011, par Lydia Maleville


Feulements et cris d’oiseaux,
Percent l’air mauve qui tremble.
Le ciel à L’arc en ciel ressemble
Où descend,
Glisse, l’astre orange.
Son baiser sur les toits de paille,
Et doucement,
Les briques de terre s’enflamment.
Le chant criard des femmes
S’approche, puis s’éloigne,
Par leur marche cadencée,
Sur la pauvre terre brune,
Qui trop souvent fume,
Herbier de brousse brulé,
Par l’ennemi sahélien menacé.

La hutte ronde, douce matrice
Est coiffée de sa huppe, malice
De hauts et droits papayers.
Brun, ocre,
Rouge et or,
Vermeil, encens,
Jaune orangé, ambré
Terre de sienne,
Des bleus au violet,
Sous le camaïeu de rose,
Wusalan
Fragrances de délices,
Savon noir sur les peaux des belles,
Comme une came,
Rendront fou de désir.
Jasmin, passiflore et épices,
Feuilles et huiles
Pour séduire,
Pour toutes celles
Dont les attraits vont luire.
Essences de beauté,
Musc, parfum sucré
Et la noix de karité.

Derrière le manioc, les gombos
Les plants de crones, et d’ignames,
Fleurissent les fleurs blanches
Des caféiers
Si parfumés,
Qu’ils violonent nos âmes.
Entre les généreux bananiers,
Hibiscus, bougainvilliers,
Tous splendides.
Et sur le sol en tranche ,
Une tâche de chair orangée,
Mousse à l’odeur fétide,
Comme une revanche,
d’une papaye oubliée.
Le flamboyant écarlate
Sur la brousse est incendie,
Divines fleurs du paradis.
L’arbre immense,
Magique merveille,
Protecteur, arrondi ses branches
Et pleure en nuées légères,
Ses pétales de sang vermeil.
Incarnat de verre,
Jonchent le sol et s’épanchent.

Dans la sérénité du soir,
La brousse s’apaise au loin
Avant que ne vienne le noir.
Ils sont tous assemblés tout près.
Les corps musclés et glabres,
Les cheveux teints,
Tous sont, sous l’arbre à palabres,
Le griot prépare demain.
Le grand balanzan les accueille
Sous le toit de feuilles,
Où l’ancien de son pouvoir
Passe le témoin.
Son corps parcheminé,
Porte les traces bleutées
De sa caste de Diatigui,
Sur sa peau fripée,
Que le temps n’a pas alanguie,
Les encres du tatouage,
Témoigne de sa valeur,
De son âge.
Assis devant les bras en rayons
De l’arbre du voyageur,
Qui derrière, lui fait le don
D’un trône de feuillage,
Et le couronne de ses palmes,
Qui frémissent et l’entourent,
D’honneur et de calme.

Tous font cercle autour de lui,
De sa silhouette royale
L’ancien porte sa caste, sa vie,
Il est nyamakala,
Il est descendant de Sundjata keita.
Il tient le fil d’hier,
Droit, sans orgueil, juste fier,
De demain Il prépare le savoir,
Sous l’arbre ami chaque soir.
Il tient le chant, la musique, la parole.
Le louangeur tient planté dans le sol.
Dans son four de glaise
Le feu qui éclaire s’apaise.
Il anime les visages bruns
Sur l’horizon assombrit,
Se découpe magistrale,
La silhouette noircie
Du grand Baobab béni.
Le Dieu fatal
Garde à son pied ensevelis,
les crânes des griots,
Des Djélis.

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