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LE GANG ANTI GODE

Enquête de fond sur le Godemichet

mardi 24 novembre 2015, par Séverine Capeille


On a commencé à s’intéresser au sujet quand Mathilde nous a appris qu’elle avait trouvé un nouveau job : commerciale chez Lola Plaisir.

- Joli nom. Tu vends quoi ?
- Attends, j’ai le catalogue.
- ….
- Ben quoi ? Je sais vendre du pain, je pourrai bien vendre ça, non ?

Se sentit obligé de préciser Mathilde pour répondre à nos regards interrogateurs.
Sarah tourna les pages. Julie brisa le silence.

-  T’as un fixe au moins ?
-  Quoi ?
-  T’es pas payée qu’au pourcentage ?
-  Non.

Arrêt sur une page très colorée. Discussion animée.

-  Regarde ! Il a un nom celui-là !
-  Félix !
-  Bah ! Ca lui va bien ! Mais pourquoi ya des boules au bout ?

Tout le monde n’était pas d’accord sur les raisons qui octroyaient des boules à la queue de Felix. Nous étions face à un dilemme. Jaune. Car Félix était jaune. Et là encore, nous ne savions pas si plusieurs coloris étaient disponibles… Mathilde n’avait pas toutes les réponses. Elle était « en période d’essai »…

-  Il faut changer les piles souvent ?
-  Ca dépend de l’utilisation.

Nous en étions restées là. Un peu de temps passa.

-  Et les ventes ? Ca décolle ?
-  …
-  Bah, ça viendra…
-  N’empêche que…
-  N’empêche que quoi ?
-  C’est efficace.

Et puis il y eut cette interminable conversation d’où Sarah se sentit irrémédiablement exclue. Entourée de trois autres copines, elle se rendit compte qu’elle était la seule à ne pas posséder de gode à la maison.

-  Quoi ? Mais t’es complètement dépassée ma belle !
-  Moi ?
-  Mais oui. Trois sur quatre. Ecrasante majorité qui représente la réalité.
-  Ah bon ?

Autant il n’y avait plus de fossé depuis longtemps entre celles qui avaient un copain et celles qui n’en avaient pas, autant là, un cratère opposait celles qui connaissaient Félix, et celles qui ne le connaissaient pas.

-  T’en penses quoi toi de Félix ?
-  Faut que je rachète des piles.
-  Déjà ? Mais t’avais pas un mec toi ?
-  Là n’est pas la question.

Au fil du temps, Mathilde approfondissait ses recherches et ses techniques de vente. Des anecdotes cocasses étaient révélées :

-  Tu étais avec qui ce soir là ?
-  Une vieille copine d’enfance. Heureusement.
-  Et il se mit en marche tout seul en pleine nuit, dans le tiroir de la table de chevet ?
-  Putain, le bruit que ça a fait ! j’ai cru qu’il faisait jour et que les voisins passaient la tondeuse dans le jardin !

Des failles se révélaient. Le godemichet se montrait parfois complètement imprévisible. Des doutes naissaient.

-  Tu vas le planquer où le tien ?
-  J’avais pensé au milieu des chaussettes mais c’est un peu malsain.
-  Moi j’attends ma commande. Je ne sais pas s’il y a une garantie…

Celles qui dédaignaient encore le caoutchouc jaune commençaient à se demander si elles n’avaient pas raté une étape dans leur sexualité.

-  Non mais quand même… J’sais pas moi… Mais quand même…
-  T’as raison, faut pas déconner.
-  En manque à ce point ? C’est possible ?
-  Non, mais y a pas que le manque… Y a les jeux érotiques aussi.
-  Avec Félix ?

Interpellées par le sujet, Juliette et Sarah en parlèrent de leur côté lors d’une de ces soirées arrosées où il fait bon philosopher. Le bilan de la conversation fut sans appel : elles trinquèrent en fondant un GANG ANTI GODE.

-  Je lève mon verre à Popole !
-  C’est qui ?
-  Le pénis de mon ex !

La nouvelle fit grand bruit. Des sms, mails, et textos s’échangeaient.

-  Keske c k’ce délire ? Répondez ! + 2 forfait pr téléfoner.
-  C pas un gag. Le gang anti gode veut pas négocier.
-  Moi g pas d’avis. Terminé.
-  Toi tu veux jamais t’mouiller.

On sentait que les esprits commençaient à s’échauffer. Amélie, régulièrement plaquée par ses mecs sous le fallacieux motif qu’elle était, disaient-ils, une « salope », et venue raconter ses déboires amoureux à Babette, fut elle aussi mise au courant du débat.

-  Un gang anti gode ? Ca sert à quoi ?
-  On ne sait pas.
-  Moi je ne suis pas contre mais je n’en ai pas.
-  Tu n’as pas de godemichet toi ?
-  On me traite déjà tout le temps de salope sans que je sache pourquoi, alors si j’avais un gode, on dirait quoi ?

Elle partit de chez Babette avec la ferme intention de demander l’avis de Coralie, disant que cette dernière n’aurait pas pu lui cacher, dans leurs conversations endiablées, l’éventuelle présence d’un gode sous son oreiller.

-  Je suis sûre que Coco n’a jamais essayé.
-  Coralie, pourtant… Ce serait étonnant.
-  Sûre je te dis. Mais je vais vérifier.
-  Tu passes la voir ? Tu me tiens au courant ?

Quelques jours s’écoulèrent. Babette profita d’une visite de Nicolas pour le questionner subtilement.

-  Et si ta copine avait un gode, tu en penserais quoi ?
-  Pourquoi tu dis ça ? Qu’est-ce que tu insinues là ?
-  Rien. C’est juste que…
-  Tu crois que j’assure pas ?
-  Mais non… je n’ai pas dit ça…

Nicolas ne faisait pas avancer le débat. Fort heureusement, Babette eut plus de chance le lendemain avec Victor, lequel ne tarissait pas d’exclamations.

-  Trois sur quatre ! Eh ben dis donc ! Je n’aurais jamais cru !
-  Moi non plus.
-  Remarque que deux de mes ex m’ont demandé de leur en offrir un ! Ce n’est pas rien !
-  Et leurs attentes ont été déçues ?
-  Pour que je rentre du boulot et qu’elles me disent qu’elles sont repues ? Hors de question, que j’ai répondu !

A l’évocation du Félix jaune, les hommes semblaient voir rouge. Un certain Stéphane annonça même qu’il voulait participer au Gang Anti Gode, et fut passablement déçu d’apprendre qu’aucune organisation digne de ce nom n’était prévue.

-  Vous avez rédigé les statuts ?
-  Pour un gang ? C’est exclu !
-  Putain, on est fichus…

On avait de temps en temps des nouvelles de Mathilde qui, parlant de son boulot, commençait à dire qu’elle en avait plein le cul. Les godes susceptibles d’émoustiller les ventes ne parvenaient résolument pas à les faire décoller.

-  Je cherche des ambassadrices : quelqu’un est-il intéressé ? je vous file une mallette avec tout le matos que vous voulez.
-  Non merci, ça va aller.
-  Sympa les copines ! Ah elle est belle la solidarité !

Delphine posait des questions de fond.

-  Utiliser un gode est-il plus noble que de profiter des mecs pour les jeter le lendemain ?
-  Noble ? Tu vas un peu loin…

Juliette, qui avait eu le temps de décuiter, avait mis en pratique ses résolutions de la soirée, téléphonant à tous ses ex pour reprendre contact.

-  Tu ne te souviens pas de moi ?
-  Vaguement.
-  Espèce de goujat.

Ses appels se soldaient par de retentissants échecs, suivis d’imposantes ratures sur les noms de son calepin. Une évidence s’imposait : il n’était pas simple d’être une femme sans godemichet. Une espèce de morosité s’installait. On hésitait à parler du sujet, et quand on dérapait, c’était pour en relever de nouveaux aspects.

-  En déco, c’est pas mal, tu sais ?
-  Oui, il parait. J’ai entendu que ça se faisait.
-  Le contraire de l’art abstrait, c’est « l’art concret » ?

Mais tout cela cachait une réalité autrement plus douloureuse. Un gouffre de manques que tous les godemichets du monde ne parvenaient à combler. Il y avait les sartriennes d’un côté :

-  Tu vois, moi, j’ai déjà donné. J’ai beau essayer de ne pas m’accrocher, ça finit toujours pareil. Je tombe amoureuse. Ca fait chier.
-  Et moi j’ai beau les prendre mariés, ils ne veulent plus me lâcher. Ca me donne la Nausée.
-  « L’enfer, c’est les autres »… Le gode, c’est la tranquillité.

Et les bernanosiennes de l’autre, qui se noyaient dans leurs logorrhées :

-  Je crois que je ne tire aucun profit de mes expériences passées, non mais c’est vrai, aucun profit, bon, juste peut-être je me méfie, un peu, disons, un peu plus, je me méfie et j’essaye de me protéger, je dis j’essaye, parce que pour l’instant, je n’y suis jamais arrivée, tu vois, jamais, j’ai eu beau dire, beau faire, il y a toujours cette phase que je passe à pleurer, à pleurer pour de vrai tu vois, et puis recommencer, retomber avant même que les larmes soient séchées…
-  Tu sais pourquoi ?
-  Parce que « L’enfer c’est de ne plus aimer. »

On a finit de s’intéresser au sujet quand Mathilde nous a appris qu’elle avait démissionné.

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8 Messages de forum

  • > LE GANG ANTI GODE

    21 juin 2005 08:15, par regis

    premiére réaction ,envie de dire "rien à foutre" (quel humour)

    Deuxiéme réaction ,texte très drôle et finement amené pour la conclusion

    Troisiéme réaction :interrogation et si ma fiancée avait un gode, çà te ferait quoi...réflexion...hummm....bon disons que si techniquement il fait tout ce que je ne pourrais arriver à faire ds la réalité même avec la meilleure volonté et tout le talent roccosifreddien du monde ,j’aurai tendance à dire pourquoi pas après tout.(en plus ,plus discret qu’une poupée,plus simple à ranger ou à utiliser...mon dieu,j’écris çà moaaa) Mais justement le sexe, c’est pas que de la technique et c’est là que je rejoint le texte,l’un n’empêche pas l’autre , l’amour avec un partenaire c’est pas uniquement la recherche de performance absolue, c’est aussi une recherche de plaisir à deux,une complicité ou plus prosaiquement une aventure mais çà reste à deux et avoir un gode ou pas chez soi n’y changera rien. Comme quoi les voies de l’amour sont impénétrables (quel humour bis)

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  • > LE GANG ANTI GODE

    21 juin 2005 15:31, par beji69
    Sympa. Bien aimé. Un peu fémino cependant. Bonne pratique.

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    • > LE GANG ANTI GODE 22 juin 2005 12:36, par Langedidi
      Ni anti ni pro j’ai lu cet article plein d’humour et un soupscon de féminisme... Il est clair que le plaisir solitaire pour une femme n’est pas toujours à associer à un quelconque outil ! Oui je vous assure sans rien que ses propres mains (qui n’ont besoin d’aucunes piles donc très écologiques) et bien on peut atteindre facilement l’extase ! Pourquoi tout vouloir matérialiser même le plaisir ? Surtout que la femme je le dis haut et fort est TRES cérébrale ! L’achat bien sur d’un super gode à pu me tenter avouons le mais s’ensuit alors de multiples considérations pratiques où le cacher d’abord ???(assez prêt en cas d’envie bien planquer car votre mari peut vous prendre pr une folle dans une consigne à la gare de la ville de votre amant...) Où l’acheter aussi ou comment se le faire offrir ? Bref beaucoup de considérations qui pour l’instant me laisse dire que le gode et bien se sera peut -être un jour ou mm peut être jamais ! A votre bon coeur ou corps Messieurs qui vous croyiez parfois si indispensables !

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      • > LE GANG ANTI GODE 31 juillet 2005 20:07
        Vous trouvez que les hommes se croient indispensables ? Vous avez de droles de fréquentation. Celà dit, réduire un homme à sa verge en érection, c’est quand même passer à côté de bien des richesses, dans une relation ; à moins que vous ne fréquentiez que des hommes qui ont mis leur cerveau dans leur slip. Mais alors, c’est que vous avez de droles de fréquentation. A moins que vous pensez que les hommes ne pensent qu’au sexe ? Hélas, non. Les hommes ont bien d’autres préocupations, comme d’aller travailler, par exemple. C’est bien dommage. Le jour où les hommes ne penseront plus qu’au sexe, peut-être qu’il n’y aura plus de guerre ? allez savoir, puisqu’il n’y aura plus personne pour travailler dans les usines d’armement ! Celà dit, un god, ça rend bien des services. Après tout, y a pas que l’amour, dans la vie, il y a aussi le sexe, et le cul, et plein d’autres partis du corps toutes aussi indispensables. La sexualité, ce n’est pas que du sentiment, c’est aussi du plaisir. Le god, on peut le voir comme une prophylaxie psychologique contre le manque, ou comme un jeu érotique en solitaire ou à deux, et dont on peut abuser. En matière sexuelle, tout devrait être permis, hormi de faire mal ou de dégrader CONTRE la volonté, parce qu’alors, de partenaire, l’autre devient victime. Nous ne sommes donc plus, là, dans les jeux érotiques, mais dans l’usage d’un pouvoir. Glissement du rapport sexuel vers le rapport de force, ce n’est plus le même registre. God Save The Queen !

        Voir en ligne : http://destroublesdecetemps.free.fr

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        • > LE GANG ANTI GODE 3 août 2005 22:31, par langedidi
          Non je ne crois pas que les hommes se croient indispensables ! Là a été mal compris mon propos... Quant aux hommes qui pensent qu’au sexe il y en a comme des femmes d’ailleurs mais moi j’ose espérer et j’y mets un point d’honneur à allier plaisir et échanges de corps et de coeur... mais j’avoue que celà n’est pas toujours facile. A bon entendeur. Merci pour votre site Monsieur qui travaillé, aimé, baisé, godemisé,critiqué ect....

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  • Pas de démagogie, ni de sympathie, ni de complaisance ... Vous m’avez fait rire, ce ton sans retenue et sur un rythme vivant m’instruit ! Merci ce site est géniale et vous les filles vous l’êtes tout autant !

    Laurent 25 ans

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  • LE GANG ANTI GODE

    26 juillet 2008 14:59, par Alexandre
    N’oublions pas non plus que les godemichets peuvent également servir aux hommes.

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  • LE GANG ANTI GODE

    19 juin 2009 18:06, par jo
    Excellent ! ce texte est une joyeuse découverte sur le net !

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