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Le cercueil en carton

mardi 2 novembre 2010, par Lisa Poyel

Moins de deux minutes. C’est le temps durant lequel j’ai laissé la télé allumée. C’était le journal télévisé, un reportage sur une nouvelle tendance écolo : le cercueil en carton. Ca m’a foutu le bourdon. J’ai pas supporté. Le cercueil en carton, eh ben c’est le pompon, que je me suis dit. Il parait que les offres se multiplient. Il parait que c’est pour la planète, qu’il faut du Biooo–dégra-da-bleuuuuuu.

Quel reportage à la con ! Remarquez, je les comprends : ce n’est pas simple de coller à l’actualité de la Toussaint, qui est le jour férié le moins drôle qui puisse exister, et le moins propice aux images à sensation. D’intrépides journalistes ont bien essayé de filmer quelques uns de ces visiteurs annuels qui emplissent les cimetières à cette occasion mais, même avec les géraniums colorés et les gros plans sur la bouille sympathique du gardien, c’était d’un triste... ! Alors là, France Télévision a voulu faire dans l’étonnant : le cercueil en carton. Pas con. Ça change. Du coup, ils ont pu interviewer quelques passants pour leur poser une vraie question, une question absolument existentielle dans un décor « sépultural » (l’adjectif n’existe pas mais mérite d’être provisoirement inventé) : Accepteriez-vous d’être enterré(e) dans un cercueil en carton ? Autant dire que les gros plans étaient autrement plus amusants à cet instant que tous ceux qu’il aurait été possible de faire avec le gardien. Décontenancés, les passants. Bouche bée. La voix off a été obligée de prendre le relai pour informer les téléspectateurs que la France n’était sans doute pas prête, que les traditions ont la vie dure chez nous… Bref. Ecolo, le français, oui, mais de son vivant. Un français mort est un français qui se fout de la planète. Faut quand même pas déconner. On l’aura assez fait chier toute sa vie pour qu’il puisse au moins compter sur un cercueil fiable et résistant. Lui qui aura passé son existence (enfin, surtout depuis Sarkozy) à constater que « tout fout le camp » s’accroche à sa dernière demeure comme si sa vie en dépendait (ce qui, en l’occurrence, est parfaitement ridicule). A ce propos, une vieille dame interrogée sur le sujet a eu une réponse digne de figurer dans le zapping de Canal+. Elle était définitivement contre le carton, disant qu’elle avait déjà acheté son cercueil pour être sure qu’il serait confortable. Elle a bien insisté sur le fait qu’elle espérait qu’il ne serait pas « dégradable » et… j’ai rêvé où elle a dit qu’elle allait désormais l’équiper d’un téléphone et d’un chauffage ? En tous cas, elle ne plaisantait pas. Face à la caméra, campée au beau milieu d’une allée en graviers, entourée de sépultures plus ou moins fleuries, elle avait ce regard droit de celle qui sait, de celle qui dirige sa vie et qui entend bien faire de même avec sa mort. Pas peu fière la mamie. Elle triomphait au milieu du cimetière. Il fallait la voir ! On aurait dit ma mère quand elle m’a annoncé qu’elle envisageait de se faire enterrer avec ses chiens dans un cimetière pour animaux. Une sorte de jubilation pré- post-mortem. Un truc indescriptible. J’étais sidérée devant ma télé. Ils sont donc nombreux, ceux qui vivent pour préparer leur mort ! Ils attendent patiemment leur heure… et PAN ! Ils vous dégainent des cercueils capitonnés toutes options et des dernières volontés à vous faire regretter de ne pas avoir trépassé avant. Écœurant. J’en étais à me demander dans quelle mesure il était possible d’associer l’achat d’un cercueil en carton à un véritable acte de rébellion quand le professionnel interviewé dans la suite du documentaire me stoppa net au beau milieu de mes interrogations. Il ne jurait que par la crémation. Vous me direz qu’il n’y a pas de problème, que si on peut incinérer un cercueil en bois, on peut également le faire avec du carton… C’est ce que je me suis dit aussi. Eh bien non. Erreur. Celui qui veut « mourir en héros vert » (je vous laisse apprécier l’expression utilisée par le JT) devra être enterré car « la crémation en cercueil en carton n’est pas autorisée » [1]. Alors, carton ou pas carton, là est la question. Le prochain papy boom annonce 800 000 décès par an et, si ça ne sent pas le sapin, quoiqu’il en soit tout cela ne sent pas très bon !

Photo de la boutique Art-mode-design, qui propose des cercueils en carton personnalisés

Notes

[1] (voir une autre vidéo sur le sujet, disponible sur France 3 )

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5 Messages de forum

  • Le cercueil en carton

    8 novembre 2010 17:43, par Flô
    Waou ! En même temps, le bois c’est biodégradable aussi, non ? Moi je dis : bois brut et incinération ! Parce que même le carton, avec tous les colorants qu’ils utilisent pour faire la déco, je suis pas franchement sûre que ça soit très écolo... Encore un domaine où on veut nous mettre des pastilles vertes pour faire branché mais sans aller au bout de l’idée écologique... En tout cas, c’est bien marrant cette histoire !

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  • Le cercueil en carton

    12 décembre 2010 20:17, par DROUIN Laurent
    Personne ne vous obligera à acheter un cercueil en carton, cependant s’ils disparaissent vous serez obligé dans acheter un en bois. Fort heureusement, ils sont disponibles auprès de la société AB crémation (http://www.cercueils-en-carton.com/) aussi bien pour la crémation que pour l’inhumation et en plus ils sont autorisés en France et personnalisables. Pourquoi polémiquer sur une nouvelle offre faites au consommateur ? Sommes nous si soucieux de préserver le monopole de certains ? Après un décès, le corps pose un problème sanitaire, il doit donc être écarté de l’environnement direct des populations, nos histoires respectives ont ritualisé l’évènement. Depuis, en France, le cercueil est une obligation légale (précisons que ce n’est pas forcement le cas dans d’autres pays) et les pompes funèbres des acteurs incontournables. Les rituels d’antan s’évanouissent peu à peu, aujourd’hui, les comportements face à la mort changent, il suffit de voir l’accroissement de la crémation dans nos sociétés. Les intérêts économiques en place craignant de voir leurs parts de marchés disparaître font enfler les polémiques, il faut les comprendre ils ont des rentabilités à atteindre, tous cela passe forcement après le bien du consommateur. Rien ne changera si nous ne soutenons pas l’impossible.

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