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AVEC ROSSINI, L’ITALIENNE À ALGER.

Isabella, une femme pas ordinaire !

OPÉRA

lundi 10 avril 2006, par Claudie Kibler Andreotti

Marco Zambelli dirige avec élégance cette Italienne qu’incarne la fine Manuela Custer mezzo-soprano à la voix profonde, chaude, puissante. Cette énergique créature mène son monde et les hommes avec intuition, finesse et science.
On peut seulement regretter de ne pas lui ressembler !

Le Napolitain Carlo Lepore prête sa voix de basse au cruel et bien naïf Mustapha, bey d’Alger, époux de celle qu’il veut écarter de sa vie, Elvira qu’interprète la soprano Géorgienne Elisaveta Martirosyan. Amoureux lui aussi et depuis longtemps de la belle Isabella, Lindoro est incarné par le ténor très rossinien Robert McPherson.
La mezzo-soprano Strasbourgeoise Sandrine Sutter offre sa tessiture au rôle de la confidente, il en faut toujours une !
Nicola Alaimo, de Palerme, est un formidable Taddeo et l’artiste Russe Yuri Kissin, Haly le corsaire.

De belles voix doublées d’excellents comédiens pour cette farce italienne, drame burlesque en deux actes où les difficultés vocales ne sont pas épargnées et les successions de vocalises et cocottes en cascades, impressionnantes !

Angello Agnelli dut s’amuser à l’écrire et Rossini à dessiner des notes pour le mettre en musique. Mais ce génie, directeur à Paris en 1824 du Théâtre Italien, inspecteur général du Chant en France, auteur du célèbre Barbier de Séville, était prodigue en écriture. Il faisait tout très vite. Et comme le précisa dans sa conférence documentée assortie d’extraits musicaux remarquables, G-H Guittard, président de Prom’Opéra, on le surnommait « il signor crescendo ».

L’Italienne à Alger dont la première eut lieu au Théâtre San Benedetto à Venise (Venise, livrée à l’Autriche par Bonaparte en abolissant la République, en 1797 !) le 22 mai 1813, fut donnée un peu partout dans le monde mais aussi à Constantinople bien qu’elle égratigne pourtant quelque peu les Turcs, mais pas eux seulement !

« Que muso !! » Pappataci et Kaïmakan …

Aujourd’hui avec les problèmes épineux et raciaux exacerbés la sensibilité épidermique entretenue par une forme de paranoïa, l’interprétation spécieuse de chaque geste, chaque fait, chaque mot, une telle histoire serait source de grave conflit. Jouer avec les susceptibilités, se moquer risque de provoquer la guerre !

Fine, rouée, décidée, vaillante, Isabella se moque jusqu’au bout ! Admirable !

Une débauche de notes, un chœur des œunuques excellent pour cet opéra patriotique, des décors innovants : une immense étoffe recouvre un salon le transformant en désert, un plan d’eau surgit soudain…

Des costumes colorés pour cette production Opéra de Nice. On doit les décors et costumes à Caroline Constantin. La mise en scène, originale, (linge suspendu à l’Italienne, femme jacassant à la fenêtre, images filmées, famille d’émigrés patientant sur un banc…) est du Marseillais Bernard Imbert, assisté pour la première fois à Toulon de Gaël Minetti. Lumières, Hervé Gary.

Ouverture superbe avec le chef Génois. L’orchestre et le chœur -des hommes évidemment !- de l’Opéra de Toulon participent à la réussite de l’interprétation de cette œuvre de Rossini qu’un solo de flûte agrémentera.

On retrouve avec joie le créateur du Barbier, le style du maître Italien.

L’histoire est grinçante et cocasse à souhait… Rire avec finesse de l’autre, n’est-ce pas toujours un plaisir de fin gourmet ? Ridiculiser est facile. Y réussir avec élégance est une gageure. L’Italienne à Alger le démontre avec force dans une débauche de couleurs et de voix !

Photo CKA : au centre, frêle et forte, l’Italienne !

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