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DON’T PANIK

« Mon slogan, ma devise, c’est le Don’t panik »

mercredi 27 avril 2011, par Laetitia Tendart

Ils sont six. Ils s’appellent Youss, Duggy Tee, ADL, Hasan, Manza, Médine et viennent respectivement d’Algérie, du Sénégal, de Suède, des États-Unis, de Belgique et de France. Ils ne se sont jamais rencontrés, ils n’ont pas la même culture, ils viennent d’horizons divers, mais ils ont des points en commun : ils sont rappeurs et sont aussi musulmans. Réunis derrière l’objectif de Keira Maameri, réalisatrice des films « On s’accroche à nos rêves » et « A nos absents », ces artistes mettent en lumière le rapport étroit (contradictoire) et ambigu qu’ils entretiennent avec la musique et la religion. Dans son nouveau film « Don’t Panik », la réalisatrice nous fait voyager au cœur de deux passions aussi stigmatisées que controversées : Le Rap et l’Islam.

Youss : "Oh, je suis un maghrébin, faut pas confondre Islam et taliban, où est l’hymne, la liberté en France ? Je suis juste un artiste qui rêve de sillonner le monde. Je suis juste un artiste qui s’accroche à ses rêves chaque seconde. Je suis juste un artiste qui débarque tout droit du tiers monde. Je suis juste un artiste qui dit qu’il faut désamorcer la bombe."

L’Islam, le rap et autres polémiques…

Dix ans après l’attentat des tours jumelles du World Trade Center aux USA, s’il est un sujet qui effraie, défraie la chronique et déchaîne depuis des passions, des haines, en France comme Outre-Atlantique, c’est bien celui de l’Islam et des Musulmans. Le Rap, lui aussi connait ses polémiques, il agace et ses revendications sont souvent incomprises du grand public, il embarrasse par ses débordements « bling-bling ». Aborder le sujet du rap et de l’Islam en cette période où beaucoup s’affichent clairement anti-rap, islamophobes, xénophobes est audacieux, mais mérite néanmoins d’être affronté et interprété à sa juste valeur, sans faire de prosélytisme.

Duggy Tee : " Je suis musulman depuis la naissance. Je suis de famille musulmane, on a toujours été tous musulmans... Mais il y eu un moment où il s’est passé des choses dans ma vie qui m’ont beaucoup plus rapproché de ma religion. J’ai fait une introspection et depuis, j’ai donné à ma religion la place qu’il lui fallait. Ma foi en Dieu, ce n’est pas quelque chose que je vais mettre en avant"

Musulman d’ici ou d’ailleurs…

Plusieurs miles les séparent les uns des autres, qu’ils soient de confession musulmane de naissance ou convertis à l’Islam ; qu’ils viennent de pays à majorité musulmane ou qu’ils soient minoritaires, le rapport à la religion est identique dans le fond - on note dans le discours de chacun, la foi qui fait partie inhérente de leur vie, ainsi qu’une certaine forme d’humilité et de tolérance. En revanche, cette relation est différente dans la forme. Le fait d’être musulman à Alger ou Dakar est certes plus "naturel" et nul besoin de "justifier" son appartenance religieuse ni de "revendiquer son identité" ou de faire connaitre sa culture. Mais pour ceux dont les données sont différentes, il est important d’en parler dans une société ou le mot " communauté" tourne rapidement au sectarisme.

ADL"Why just look at things from that point of view : "we can’t do" ? We supposed to know what we can’t do. Let’s look now what we can do ! Because if you look what we can do. Then you are going to find those Hallal outlets for being creative and so on... "

Le licite et l’illicite…

Ils sont partagés ou tiraillés entre le « Haram » et le « Hallal » quand la religion prend réellement sa place dans leur vie. Le rapport à la musique devient conflictuel. Selon les interprétations, la musique peut-être considérée comme illicite lorsque son message incite à la haine ou à la débauche. Tous s’accordent à dire que le choix est difficile à faire et que l’arrêt peut entrainer des frustrations. Le passage de la vie matérielle et physique à la vie spirituelle et religieuse pose aux rappeurs des questions fondamentales sur les thèmes à aborder dans leurs textes. La rivalité entre la religion et la musique s’installe et chacun sait, par ses propres lectures, ses propres quêtes, que dans aucune ligne du Coran, il n’est inscrit que « faire du rap » est condamnable. DJ Yahya argumente en ces termes : "C’est souvent un Hadith qui est utilisé par ceux qui disent que la musique est Haram. Il va venir un temps où les gens de ma communauté vont rendre licite la musique, l’alcool, les fêtes, etc. D’un autre côté, on trouve des hadiths où le prophète, que la paix soit sur lui, autorisait par exemple Aïcha, sa femme, à chanter et à taper le tambourin avec des amis à elles. Et il y avait même dans ce hadith le père d’Aïcha, Abu Bakar, qui est venu pour commencer à interdire à Aïcha, et le prophète lui a dit : laisse-la, chaque peuple a ses fêtes et aujourd’hui c’est notre fête. Donc, il y a des hadiths qui se contredisent". Même s’ils pensent profondément que les deux ne font forcement pas bon ménage, les rappeurs choisissent consciemment de continuer et de changer la nature de leur message. Dès lors, ils trouvent une harmonie et expriment leur foi ou leur musique avec aisance.

Hasan "I think music has the ability to reach people on level, that sometimes a speech or a paper can’t... Hip-hop is a young youth oriented movement. We need more young people willing to take the risk to say something about the injustices that go on in this world... We can argue about music later, Let’s be free, first ! "

Le message…

Le message est forcément plus conscient. Il ne s’agit pas de faire de nouveaux adeptes, loin de là, mais il s’agit plutôt de dénoncer, de dire les choses telles qu’elles sont ressenties. Le fait de croire, rappelons-le, interdit les appels à la violence, mais il n’exclut en aucun cas les revendications. Devenir un modèle, non, mais relater les faits avec justesse et le plus de sincérité possible est le défi à relever. Jouer avec les mots, les rimes, les associer à des beats... et tant pis s’ils agacent ! L’essentiel étant de dire la vérité, d’être honnête avec soi, avec sa foi. Le sexe reste dans l’intime, le bling-bling, quant à lui, vit ses beaux et longs jours dans le rap : d’autres artistes se chargent de l’étaler. Parler de l’Islam n’est pas la priorité. A chacun de le vivre. Et c’est là que le bât blesse : L’Islam est l’ennemi à abattre ! Il doit être « modéré ».

Médine " On n’est pas des égorgeurs de poules, on n’est pas des metteurs de Burqa sur tout ce qui porte une paire de talons...Pourquoi tu parles de ma barbe dans ta moustache, petit journaliste en stage ?! "

One of the most wanted Muslim…

Soyons honnêtes, le musulman fait peur, on le supporte, on ne le tolère pas par choix, mais par obligation. Il est rétrograde et ses pratiques sont barbares. Condamné et montré du doigt, le barbu terrorise, il est la cible de plusieurs pensées fantasmagoriques, on l’imagine une ceinture de dynamites à la taille prêt à faire sauter le citoyen lambda ! Être rappeur et musulman, c’est détonnant. L’image véhiculée par les médias, par la presse télévisée, le net et les discours des hommes politiques représentants des nations –musulmans ou pas- les dérives de certains n’arrangent guère mieux la situation de ceux-ci. Et en temps de crise financière, de dégradation climatique, d’immigration massive, de révolutions, de révision des accords de Schengen, de chômage et à l’aube des prochaines grandes élections présidentielles (En France et aux USA), la situation ne fait que s’envenimer. La radicalisation- de part et d’autre- est dans tous les discours et le monde se replie sur lui-même. L’unité et le rapport de confiance que la France avait crée avec ses « étrangers », avec ses enfants Français issus de parents de l’immigration s’effondrent pour cinq petites lettres : I.S.L.A.M !

DON’T PANIK ! CE N’EST QU’UN DOCUMENTAIRE !

Manza "Il doit y avoir une alternative, une alternative faite de conscience, de valeurs, d’engagements, un rap qui s’insurge, qui réfléchit, qui ouvre les débats et qui amène autre chose"

RDV LE 26 MAI A PARIS, A L’INSTITUT DU MONDE ARABE A 18H30

* Haram : Illicte * Hallal : Licite (religieusement) * Hadith : Communication orale du prophète

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1 Message

  • DON’T PANIK

    7 août 2011 14:01, par Mécréant
    "Dieu" n’existe pas. "Dieu" est une pure invention, et les religions, l’idéologie qui justifie cette invention. Un musulman, ça n’existe pas plus qu’un juif ou un chrétien. Là dedans, il n’y a aucune réalité, sinon l’illusion de chercher absolument à rendre réelle cette invention. Et ça donne quoi, cette invention ? Des carnages. Maintenant, au-delà de cette position athée, je conçois bien la révolte qui se trouve dans le fait de se revendiquer d’une appartenance religieuse, d’autant quand il s’agit de l’Islam. Mais, il ne faut pas s’y tromper pour autant, et la phrase de Marx reste absolument pertinente, (la religion comme Opium du peuple). "Dieu" n’est qu’une hypothèse qui ne sert que les intérêts de fiéffés coquins. A rejetter avec ferveur.

    Voir en ligne : http://destroublesdecetemps.free.fr

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