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Le désir féminin, entre bestial et marginal...

mercredi 19 février 2003, par Séverine Capeille

On rêve de l’homme idéal, du mâle viril au regard ténébreux, du sexe fort échappé des mythologies ancestrales. On imagine la peau, le profil, le cheveu brun, fort et brillant. Un matin, on se met à désirer un chauve aux yeux bleus.

Sarah K. 477 est d’abord l’histoire d’une ironie. De ce genre d’ironie qui peut frapper n’importe qui. Sans prévenir, l’image idéale de l’Autre, échafaudée depuis l’enfance à coups de supports médiatiques, de magazines féminins, explose, dans le fracas d’un verre de cristallisation. On ne comprend pas. Ainsi commence l’histoire de Sarah.

Il s’agit de prendre le problème à bras le corps. Sandrine Rotil-Tiefenbach observe la rupture, la déchirure qu’il va falloir combler. Son écriture est un spasme, une contraction pathologique des muscles de la langue. Elle dissèque les mouvements, les impatiences des patients. Elle ausculte les battements orgasmiques, les violences corporo-chimiques. Elle halète, elle crie, elle vit. Elle est une femme qui vibre sous le mâle… les maux ? La scène se passe dans les Urgences de la vie. Le personnage principal est le désir. Sarah est la page que les hommes doivent écrire, à l’encre de leurs envies.

Sarah K.477 est l’histoire d’un paradoxe. De ce genre de paradoxe que le temps érige en évidence. Le désir est la condition sine qua non du manque d’amour. On ne parle que d’amour puisqu’il n’y en a pas, puisque Sarah ne cessera jamais d’en souffrir. On ne parle que du vide puisqu’il faut dix hommes pour un vagin à assouvir. Le trou béant est là, entre le corps souillé et le refus d’un peu de sperme dans les cheveux lavés. Le texte est audacieux, maîtrisé. Le monde envisagé est aussi doux et cruel qu’un repas froid sur un plateau télé. Sarah est seule. Seule parmi les hommes, seule parmi les femmes. Elle trimballe sa fièvre. Elle est humide et brûlante. On lui fait des frottements, on lui sert des calmants. Rien n’apaise ses tremblements de corps. La maladie a un nom : nymphomanie.

N’allez pas croire, Messieurs, que vous rencontrerez souvent des filles comme Sarah. Si le cas existe et mérite d’être évoqué, rappelez-vous qu’il s’agit là d’un comportement marginal et que vous auriez tout à perdre d’en faire une généralité ! Que de temps perdriez-vous à observer les jupes sans jamais découvrir l’absence de culotte sur le fessier !

Sandrine Rotil-Tiefenbach dépeint si bien le monde qu’elle envisage que vous pourriez bien vite vous laisser berner. Si le fond de son texte mérite d’être nuancé, il est bien certain qu’un auteur est né.

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