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Je m’appelle V

mercredi 27 mai 2015, par Séverine Capeille


Sur le grand papier blanc, l’enfant dessine une maison. Il trace d’abord un carré, puis un triangle pour représenter le toit. Il se redresse un peu. Observe le résultat. Décide de rajouter deux autres carrés pour les fenêtres et un rectangle pour la porte. Voilà. L’édifice triomphe au milieu de la feuille. Il pose son crayon, met les coudes sur la table, joint ses mains, y dépose son menton… Oui, c’est une jolie maison. Soudain, il fronce un sourcil, puis l’autre. Il reprend le crayon, trace des cercles. Plein de petits cercles pour ses fleurs, et un gros cercle pour le soleil. Il s’arrête, retient sa respiration. Sa langue vient humecter ses lèvres en signe de réflexion. Il manque quelque chose… Il mordille son crayon… Il manque… Mais oui ! C’est ça ! Les oiseaux ! Les oiseaux qui volent dans le ciel, leurs ailes déployées au-dessus des journées d’ennui ! Les oiseaux qui emmènent toujours plus haut, en deux battements de poésie ! En deux lignes obliques qui se rejoignent. Rien de plus. Deux lignes obliques qui se répètent à l’infini. Le geste est simple et le tracé précis. Des plus grands aux plus petits, étirés vers la ligne de fuite de tous les princes des nuées, vers l’horizon des poètes maudits. Il n’y a plus rien à ajouter. L’enfant sourit. Et quand, plus tard, l’institutrice lui donne l’image qui récompense le plus beau dessin de la classe, cette image que tous convoitaient dans une compétition sur papier Canson, c’est encore moi, l’index et le majeur levés vers le plafond, qui lui permet de faire le signe de la victoire.

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