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Transformer la culpabilité

Un texte écrit par Florence Camaret

mercredi 25 janvier 2012, par Le Collectif Sistoeurs

C’est l’histoire d’un écureuil qui ne retrouve plus la réserve de graines qu’il a ramassées pendant l’automne : « Bon sang de bon soir, à quel endroit j’ai bien pu cacher ma récolte ?  »

Il est encore plus embêté parce que ces graines, il ne les a pas ramassées par hasard, il les a ramassées pour se nourrir pendant le froid hiver et aussi pour nourrir ses petits qui naîtront au printemps. Il s’assoit sur une branche au sommet de son arbre favori ; il est très embêté et honteux de ne pas se souvenir.

Le comble, c’est qu’il se rappelle bien de la dernière noisette qu’il a cueillie. « Je me souviens qu’elle était bien grosse, bien mûre. Je l’ai prise dans mes pattes et je l’ai regardée en pensant qu’elle serait bonne pour mon repas du souper quand la neige recouvrira le sol » … « Au lieu de la garder avec les autres, je l’ai mangée avec gourmandise, en me léchant les moustaches ».

L’écureuil est en colère et rumine des reproches contre lui-même : « Tu as mangé cette noisette au lieu de la garder avec les autres, ce n’est vraiment pas malin ! »
« Qu’est ce que tu vas manger cet hiver ? Tu n’es pas prévoyant. Un écureuil raisonnable aurait pensé davantage à l’avenir ; il faut parfois faire face à une mauvaise récolte. »
« Tu faisais un concours : à celui qui ramassait le plus de graines ? Sans te soucier de les retrouver : tu es inconscient ! »
« Tu ne sais plus du tout où est ta cachette : t’as complètement perdu la tête ! »

L’écureuil se sent pris en faute ! Comme quand on se trompe dans la classe et que le maître nous dit devant tout le monde : « Tu n’as pas entendu Arthur, et c’est la 3ème fois que je répète ! » « Tu rêves encore ! »

Il sent des tiraillements dans son ventre. Ses sourcils se froncent et ses lèvres sont serrées, comme s’il faisait la grimace. L’écureuil est soucieux et il a plein de regrets au fond du cœur.

Plutôt que de manger la dernière noisette que j’ai trouvée, j’aurais dû la mettre à l’abri. J’ai besoin de faire des réserves pour les longs mois durant lesquels je ne trouverai que des fruits gelés, durs et sans goût, peut-être quelques cônes d’épicéa secs. En hiver, c’est bien connu : aucune souris ne sort de sa galerie souterraine.

Si je savais où est ma réserve pleine à ras bord, je n’aurais pas besoin de sortir de la forêt pour courir la campagne en espérant glaner des restes de graines. Cela est épuisant et risqué d’aller dans les champs cultivés par les humains ; le renard n’est jamais bien loin.
Si j’avais été plus concentré durant ma cueillette, j’aurais plutôt appris par cœur l’endroit où j’ai caché ma récolte : c’est important pour moi ! Et dire que je pourrais rester bien au chaud dans mon logis sans me faire de soucis. Alors que j’ai amassé tant de pommes de pin, de noisettes, de noix, de glands et de faînes ! Si seulement je retrouvais l’endroit exact de ce trésor !
Je voudrais tant que mes petits se régalent aussi de ce bon festin quand ils seront en âge de ronger avec leurs toutes nouvelles dents.

L’écureuil se sent moins furieux contre lui-même. Maintenant, il est triste, il a envie de pleurer. Il se met les mains sur les paupières et soupire ….

Pourquoi pense-t-il à toutes ces raisons maintenant que l’automne est presque fini ?

Imaginez un peu le travail ! Durant plusieurs heures, chaque jour : aller, venir, creuser, transporter, trier, ranger, monter, descendre le long des troncs d’arbres, … Après sa cueillette l’écureuil s’allonge sur une branche de sapin pour siroter un jus de poire-framboise ! Quoi de plus normal que de s’accorder un peu de répit et profiter du vent du soir après une journée chaude de fin d’été. La brise lui caresse le museau ; l’écureuil écoute le chant des pinsons ; il respire l’odeur entêtante de la sève ; il reprend des forces.

Bercé par le mouvement des branches au dessus de sa tête, tranquillement, paisiblement, l’écureuil ferme les yeux et laisse son esprit imaginer de beaux rêves.

En repensant à ces instants délicieux, l’écureuil sourit. « Comme c’était bon ! »

A la fin de l’été, voyez l’abondance de fruits et de graines portés par les hêtres, les chênes, les charmes et les châtaigniers, aux feuillages encore denses et colorés. Lorsqu’ils arrivent à maturité, il y a de quoi nourrir tous les oiseaux, les animaux et même les petits insectes de la forêt. L’écureuil n’imagine pas que cette nourriture vienne à manquer un jour. Et d’ailleurs, chaque année, il subsiste une quantité de glands qui germent et prennent racine sous terre ; au printemps suivant des petites pousses vertes se dressent au dessus des herbes et des feuilles ; ces petites pousses donneront les futurs arbres.

L’écureuil se frotte les yeux, se mouche un bon coup, prend une bonne inspiration.

Il aimerait tellement être sûr de pouvoir se nourrir en hiver et aussi de se reposer après la cueillette d’automne. Il découvre à quel point c’est aussi important pour lui. Comme quand l’horizon se dégage après la pluie et que le paysage s’éclaire d’un jour nouveau.

Le cœur apaisé, l’écureuil se sent plein de curiosité !

C’est alors qu’il lui vient une idée : la prochaine fois qu’il ramassera et cachera des graines au creux d’un arbre, il dessinera un petit cœur à la base des racines, juste au dessus du sol.

Ainsi, il sera certain de retrouver ses cachettes même lorsque sa mémoire lui jouera des tours.

Voilà comment, depuis cette histoire, l’écureuil est plus confiant de disposer, pendant l’hiver, de nourriture en quantité suffisante, tout en reprenant des forces après chaque cueillette. Il peut désormais attendre patiemment le retour des beaux jours et l’apparition des bourgeons tendres et sucrés.

Est-ce que toi aussi tu aimerais grandir à partir de ton expérience ? oui ?

Alors je vais te donner une recette :

• Prendre une situation précise dans laquelle tu as dit ou fait quelque chose qui était juste moins que parfait pour toi. Ca commencerait par : « j’ai fait … » ou « je n’ai pas fait » ou encore : « j’ai dit … » ou bien « je n’ai pas dit … » ou encore « j’ai pensé … » ou «  je n’ai pas pensé … »

• La passer à la « machine » des jugements et des exigences et regarder comment c’est dans ton cœur

• Puis, c’est le moment de comprendre ce qui t’embête vraiment maintenant ; les conséquences de la chose que tu as fait ou pas fait, dit ou pas dit, pensé ou pas pensé et que tu regrettes aujourd’hui.

• Ensuite, trouver ce que tu aimerais tant et qui n’a pas été comblé à travers cette action.

• Ensuite, tu recherches pour quoi ? comment ? où ? il t’est venu l’idée de faire la chose que tu regrettes aujourd’hui. Essayes de te rappeler qu’il y avait du sens pour toi à ce moment là ! Que tu as fait du mieux que tu as pu.

• Avec un appareil photo imaginaire, observe la « bonne » raison que tu avais de faire ce que tu as fait ; prends-la en photo CLIC ! Puis regarde ce que tu aurais aimé et qui n’est pas comblé CLAC ! Poses les deux photos côte à côte et regardes les avec douceur comme deux parties de toi recollées. Observes comment ça fait dans ton cœur maintenant ; jusqu’à ce que tu aies tellement envie de continuer à profiter du puzzle entier à l’intérieur de toi.

• Peut-être qu’il te viendra alors une idée encore meilleure, encore plus lumineuse pour prendre en compte les deux photos de toi ensemble. Peut-être que d’autres écureuils ont déjà des idées, si toi tu n’en as pas …

Chaque fois que tu te dis « j’ai été nul », qu’est ce que tu apprends sur le besoin qui n’a pas été nourri et aussi sur celui qui a été nourri ? A partir de ce que tu critiques chez toi, demandes toi ce que tu aimerais pour te rendre la vie meilleure.

Est-ce que tu as envie d’essayer ?

***

Florence Camaret – décembre 2011
Inspirée par la CNV® structure « transformer la culpabilité »
Et dédié à Hélène Domergue Tappolet et Laurence Bruschweiler ainsi qu’aux participant(e)s du stage de Pomeys (69)

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