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Palestine... Des émotions, encore et encore.

Un texte de Luc Quinton

mercredi 1er juin 2011, par Le Collectif Sistoeurs

Comment avec les mots, transcrire les émotions qui ont été les miennes lors de ce périple en Palestine durant 15 jours, de Tel-Aviv à Jérusalem en passant par Jaffa, Bethléem, le camp de réfugiés d’Aïda ou celui d’Askar, le désert de Marsaba, le Mont Hérodian et Zacharia, Al-Masara, Hébron, Ramallah, Jéricho et Nazareth, le lac de Tibériade, Haifa, Saint-Jean-d’Acre, et Naplouse, Qalqylia ou encore le desert de Samarie ?

Comment en effet rendre compte – sans en rajouter et sans en oublier – des rencontres et des situations partagées dans ce terrible contexte d’occupation terriblement installé ? Comment décrire ainsi le mépris, les humiliations, les tristesses et les colères, les incompréhensions, les injustices et les dégoûts, les misères, les brimades et les privations, les assassinats et les spoliations supportées par les palestiniens au quotidien depuis 1948 ? Comment dans ce contexte accepter le silence insupportable de la communauté internationale malgré les quelques discours de bonnes intentions ?

Le mur aux abords du camp d'Aïda.

Je pensais me poser chaque soir tout au long de ce périple pour vous offrir comme un carnet de voyage, en direct ; mais les problèmes techniques de connexion en ont décidé autrement. Tant mieux d’une certaine manière ; le recul suite au retour devrait m’aider à mieux appréhender et analyser la situation et à mieux raconter. Raconter les routes bordées de barbelés et interdites aux palestiniens, raconter ce mur, the wall, qui serpente sans rien respecter des habitations, des cultures et des agricultures, des villages, des habitudes, des familles, tel un cordon de béton de plus de dix mètres de haut par endroits, au-delà des tracés de 1948 ou encore de 1967. Raconter aussi ce désagréable sentiment d’insécurité notamment dans les secteurs les plus sécurisés comme le quartier juif de Jérusalem où les armes s’étalent aux terrasses des cafés. Raconter le désespoir de ces citoyens de seconde zone que sont les arabes dans les villes israéliennes et la formidable volonté de croire à une issue politique et pacifiste de la part de ces palestiniens issus et vivant dans les camps (aujourd’hui en dur et ayant plus de soixante ans) porteurs d’innombrables projets en matière d’éducation, de culture, d’échanges. Raconter l’histoire des paysans qui se voient interdire de travailler la terre de leurs ancêtres puisque confisquées ou placées derrières les barrières électrifiées des nouvelles colonies qui ne cessent de s’étendre et de se développer ; raconter cette exceptionnelle soif d’apprendre des enfants ou raconter la rage enfouie de ces palestiniens évacués avec mépris et violence de la maison qu’ils ont construit de leurs propres mains pour y voir s’installer dans l’arrogance de nouveaux colons. Raconter encore et encore, ces bédouins méprisés mais si fiers et si riches de leur volonté de vivre et de conserver leur histoire et leur terre…

Scène quotidienne dans les rues de Jérusalem.

Mais comment ?.. Deux jours que je suis rentré chez moi et que les images défilent à n’en plus finir dans ma mémoire. Images inscrites à jamais en moi à l’instar des quelques 3000 photos réalisées de ce quotidien. Images d’un artiste témoin d’une terrible injustice tellement indigne.

Arrestation suite à une manifestation des habitants d'Al-Masara qui réclament chaque vendredi pacifiquement la restitution de leurs terres.

J’avais notamment promis ce témoignage en plusieurs étapes au site sistoeurs.net et à son animatrice. Je débute ici aujourd’hui par cet avant-propos en attendant de vous éclairer plus précisément sur tel ou tel aspect, non pas en historien ou en spécialiste (je ne le suis pas) mais simplement en citoyen, qui fait fi des “guerres” de religion pour ne se soucier que des femmes, des hommes et des enfants si attachés à une terre qu’ils n’ont jamais quitté et qu’ils ne quitteront jamais quoi que leur fasse subir l’Etat israélien, son armée et ses colons d’un autre âge. Des émotions, encore et encore…

Même rassemblement : cette femme qui chaque semaine revendique son droit de vivre libre sur la terre de ses ancêtres.

Comment raconter tout cela ? Heureusement, l’espoir et aussi l’humour des palestiniens me donnent la clef pour réaliser ce récit ; clef, symbole pour les palestiniens du retour sur les terres confisquées, clef au goût de la figue de Barbarie, qui repousse coûte que coûte sur les terres dévastées par les bulldozers de l’occupant. Encore et encore...

Luc Quinton (plasticien colleur d’histoires)

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