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Nathalie Dispagne : la danse au service des autres

mardi 14 septembre 2010, par Séverine Capeille

Nathalie Dispagne habite aux Etats-Unis, et plus précisément à New-York où elle travaille en tant que danseuse professionnelle dans plusieurs spectacles et off-Broadway show et où elle dirige sa propre compagnie de danse. Elle est la fondatrice de l’organisation humanitaire "MAMACHEE" dédiée à l’éducation artistique, académique et morale des enfants et des jeunes dans les pays en voie de développement.

Séverine Capeille : Tu as grandi en France. A quel âge es-tu partie aux Etats-Unis ? Pour quelle occasion ?

Nathalie Dispagne : Je suis partie aux États-Unis quand j’avais 22 ans pour étudier dans une des plus grandes écoles de danse de New York : Broadway Dance Center. C’est ma passion pour la danse qui m’a amenée aux Etats-Unis.

S.C : Parle-nous de ce service humanitaire que tu as fait pendant un an au Niger, en Afrique de l’Ouest. Pourquoi a-t-il à ce point changé ta vie ?

N.D : Lorsque j’avais 20 ans, j’ai décidé de dédier un an de ma vie au service de l’humanité et je suis partie au Niger, en Afrique de l’Ouest, pour faire un service humanitaire. J’ai travaillé dans le lycée Enoch Olinga en tant que professeur de danse et d’art plastique, j’ai animé des formations d’éducation, j’ai aidé dans les dispensaires et dans les villages et j’ai entrainé un groupe de danse local "Les Flammes ardentes". Cette année-là était la plus belle de toute ma vie malgré les difficultés rencontrées, la famine et la pauvreté du pays. J’ai réalisé que le but de la vie était de donner chaque jour et de faire des actions avec de la pureté d’intention et de l’amour. Après cette année, le but de ma vie était d’aider les gens dans la pauvreté, d’éduquer les enfants et d’enseigner des valeurs humaines à travers le merveilleux outil qu’est la danse.

Les Africains ont été pour moi un merveilleux exemple de fraternité, de solidarité et de détachement que je veux appliquer dans ma vie de tous les jours et à travers mon métier.

S.C : Tu as donc crée ta propre organisation humanitaire "MAMACHEE" en 2006. Quels ont été tes meilleurs soutiens pour ce projet ? A quelles difficultés as-tu pu te heurter ?

N.D : J’ai crée MAMACHEE en 2006 à Niamey au Niger avec Dannylee, un ami rapper de là-bas. Le but était d’aider les enfants de la rue à travers la danse et la musique. Pour moi, les plus grandes difficultés étaient de trouver des fonds pour cette organisation et de nous faire connaitre. Chaque début est difficile mais il faut être patient. Je suis très reconnaissante envers les gens qui m’ont aidée : lorsque le magazine AMINA a fait un article sur nous, j’ai pu avoir de l’aide et du soutien de la part de personnes ayant lu l’article. En outre, mon ami nigérien Omar SIDIKOU m’a aidée à faire le website pour avoir un peu de publicité et il est toujours mon plus grand soutien dans tous les aspects de l’organisation. Ici, aux États-Unis, Brian Green (un chorégraphe mondialement connu, précurseur du mouvement Hip-Hop) m’a aussi énormément aidée en organisant des spectacle de danse pour récolter des fonds pour Mamachee.

S.C : Mamachee est une compagnie de danses internationales qui représente la beauté et la diversité de plusieurs cultures du monde et qui favorise l’échange culturel. Parle-nous de ton équipe. Vous enseignez toutes sortes de danses. Comment vous organisez-vous ?

N.D : Le but de Mamachee est de promouvoir l’unité dans la diversité et la beauté de toutes les cultures du monde. Nous avons un répertoire varié avec des danses Africaines, Antillaises, Orientales, Hip-Hop, Salsa, Moderne et Contemporaines. Le but étant de montrer que toutes ces belles cultures doivent s’unir pour un monde meilleur. Nous sommes tous différents et riches de cette différence. Mes danseurs (Jenny EFREMOVA, Julien KANOR, Myriam GADRI, Sandra PASSIRANI etc...) sont eux-même originaires de différents pays : France, Guadeloupe, Martinique, Russie, Angleterre, Cote d’Ivoire, Sénégal, Inde, Tunisie... Chaque danseur a sa spécialité et nous travaillons tous ensemble pour enseigner différents styles de danse. Nous essayons de refléter le principe d’unité dans la diversité de la compagnie et de travailler avec amour et harmonie les uns envers les autres.

S.C : Ainsi, cette compagnie de danse offre non seulement un échange culturel et un portail vers d’autres cultures, mais utilise aussi la danse pour apporter un message d’unité, d’amour, de fraternité et d’entraide. Peux-tu nous expliquer votre programme éducatif ?

N.D : Tout a fait. Pour moi, la danse est un formidable outil pour faire passer un message d’harmonie, d’unité et d’entraide. C’est pourquoi j’ai voulu, dans ma compagnie, utiliser la danse pour dénoncer les maux actuels de notre société comme le racisme, l’inégalité, la pauvreté, l’injustice, et apporter des solutions positives à ces problèmes (l’entraide, l’unité, l’égalité...) Nous avons des danses sur ces sujets-là qui touchent vraiment le cœur des gens, et aussi un programme éducatif qui allie l’art aux valeurs morales. Les élèves apprennent à identifier ces problèmes de la société à travers des exercices artistiques (danse, théâtre, dessin, poésie, musique) et à trouver des solutions positives. Les élèves deviennent alors eux-mêmes des modèles positifs et actifs pour l’amélioration de la société. Nous utilisons l’art pour encourager les enfants et les jeunes à avoir un impact positif sur leur environnement à l’école, à la maison et dans le monde. Ils apprennent non seulement des techniques artistiques mais aussi à devenir des "leader" dans le monde et à s’engager dans de nobles causes comme l’environnement, la lutte contre la pauvreté et le racisme. Ils développent aussi le sens du service puisque les actes de services et les actions humanitaires sont aussi alliés à ce programme. Par exemple, un groupe d’élèves a décidé de créer une danse sur le tremblement de terre d’Haïti et de récolter des fonds après le spectacle afin de les envoyer aux populations de Port-au-Prince.

S.C : Tu souhaites utiliser ton métier, la danse, pour améliorer la société et aider les populations dans le besoin. Tu mets en quelques sortes le corps au service du cœur… et vice versa ?

N.D : Oui tout à fait. Je pense que chaque individu est une contribution de grande valeur à la société et que si nous nous unissons tous ensemble, nous pouvons créer un monde où chacun est valorisé, respecté et pris en considération. J’ai décidé de dédier ma vie et d’utiliser mon métier pour unir les gens et travailler activement à l’amélioration du monde. Je suis convaincue que la paix mondiale arrivera lorsque chaque individu prendra conscience que cela vient de lui-même, et du fait que chacune de ses actions quotidiennes compte. Il ne suffit pas d’attendre que les politiciens ou les personnes importantes s’en chargent : ils sont des êtres humains comme nous. Je pense que ce sont tous les efforts réunis de chaque individu qui amèneront un monde meilleur. Cela commence, pour moi, par mon propre comportement et mon métier. J’ai la chance d’avoir la danse comme métier, qui est un formidable moyen d’expression et un merveilleux outil pour répondre activement aux maux de la société.

S.C : Vos actions ont déjà touché beaucoup de pays à travers le monde : New-York, Niger, Cote d’Ivoire, Haïti... De quelle façon vous êtes-vous impliqués ?

N.D : Il est très important pour moi d’aider les populations dans le besoin. Pendant mon année humanitaire, et encore aujourd’hui, j’ai pu m’impliquer dans la lutte contre la famine au Niger et j’ai travaillé dans les dispensaires. Nous avons aussi organisé des spectacles de danse avec les chorégraphes les plus connus de New York pour récolter des fonds à envoyer au Niger. Avec l’aide de plusieurs danseurs et chorégraphes d’ici ainsi que d’amis Ivoiriens, nous avons envoyé des vêtements en Cote d’Ivoire, dans le village de DANANE, pour les populations dans le besoin. Ici, à New York, nous avons recolté des vêtements d’hiver pour les sans-abris et de la nourriture. Enfin, lorsque le tremblement de terre a touché Haïti, j’ai tout de suite vendu des T-shirts que je créais au profit des enfants de là-bas touchés par la catastrophe. Sans la générosité des gens, je ne sais pas si tout cela aurait pu être possible, je les remercie du fond du cœur.

S.C : Quel est ton plus beau souvenir ?

N.D : Je me rappelle que, quand j’étais au Niger, il y avait beaucoup d’enfants orphelins et sans abris dans la rue. Avec mon ami, nous avons décidé d’organiser un petit concours de danse, comme ça dans la rue, avec la musique qu’on entendait dehors. Nous avons dit aux enfants que celui qui gagnait, nous lui payerions à manger. C’était pour nous une façon d’égayer leur quotidien qui était de mendier dans les rues toute la journée.

Le concours a commencé et j’étais impressionnée par le rythme et le "feeling" que ces petits africains avaient ! C’était incroyable ! Puis, dans le coin, j’ai vu un des enfants qui crevait d’envie de participer mais il était un peu timide. J’ai remarqué qu’il n’avait qu’une seule jambe, son autre jambe était coupée en raison des maladies de là-bas et il marchait avec une canne. J’ai réalisé dans son regard qu’il avait terriblement envie de danser ! Je pense qu’il a compris dans mon regard et les sourires que je lui envoyais qu’il était aussi le bienvenu. Il a sauté au milieu du cercle et s’est mis à danser comme je n’avais jamais vu ! Il dansait tellement bien et il avait l’air tellement heureux ! De tous les danseurs professionnels que j’ai pu croiser, je crois que personne n’a jamais battu cet enfant nigérien avec une seule jambe ! C’est le meilleur danseur que j’aie jamais vu. Il a remporté la victoire et tous les enfants étaient tous tellement contents, on sentait que ça avait égayé leur journée. Pour moi, cet enfant était un exemple de détachement, de courage et d’amour. Je n’oublierai jamais son sourire ! Depuis ce jour, j’essaie toujours de ne plus me plaindre des choses que je n’ai pas car cet enfant m’a montré que malgré ses infirmités, il avait de la patience et du courage et que rien ne pouvait l’arrêter. Maintenant, je remercie toujours de ce que j’ai et j’espère avoir encore la possibilité d’aider ceux qui n’ont pas. Je repense souvent à cet enfant : je ne sais pas si il sait combien il me guide dans ma vie chaque jour, me montre l’exemple et me donne du courage.

S.C : Quels sont les projets en cours ?

N.D : J’espère pouvoir retourner au Niger pour pouvoir organiser un festival de danse pour les orphelins du Niger. J’aimerais aussi envoyer des enfants à l’école afin qu’ils aient une éducation. Je compte également organiser plusieurs évènements ici à New York : encore beaucoup de danse et d’actions humanitaires ! Je suis bien décidée à travailler activement pour Mamachee et inspirer l’humanité, à travers la danse, à s’élever noblement. Je n’ai aucune prétention et je ne suis qu’une personne parmi tant d’autres, mais j’espère pouvoir accomplir un peu de ce but que je me suis fixé. Je sais que beaucoup de personnes travaillent dans ce même but et que tous ensemble nous réussirons à faire de grandes choses.

S.C : As-tu une phrase, un proverbe, un dicton… que tu te répètes souvent ?

N.D : Il y en a tellement, je ne saurais lequel choisir... mais j’aime particulièrement cette citation de Baha’u’llah, le fondateur de la religion Baha’ie, qui pour moi résume bien les buts que je me suis fixés : "Ne vous contentez pas de manifester votre amitié par des paroles, mais que votre cœur brule d’amour pour tous ceux que vous croisez sur votre route"

S.C : Si tu étais une danse, tu serais…. ?

N.D : Question très difficile... J’aime beaucoup de styles et surtout les danses avec des percussions... Je dirais la danse africaine car elle est celle qui représente le mieux mon énergie et celle où l’âme des gens se reflète le plus selon moi. Cette danse m’aide à transmettre mon amour pour les gens et ma personnalité.

S.C : Quel est ton rêve le plus fou ?

N.D : La paix mondiale et l’amour universel entre les gens. Et aussi que tout le monde danse beaucoup, beaucoup !

S.C : Je te laisse le mot de la fin…

N.D : Merci au magazine Sistoeurs de m’accorder un peu de temps et une interview, et à tous ceux qui soutiennent mon humble initiative.

***

Pour visiter le site de MAMACHEE, cliquez ICI

Pour contacter Nathalie Dispagne : nanadis@hotmail.com

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