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Parodie de Victor Hugo

’L’enthousiasme" du buveur

vendredi 22 octobre 2004, par Séverine Capeille


Je veux boire au comptoir, toujours au premier rang !

Voir comment les pastis s’épanchent en torrents

Sur ma cirrhose inquiète,

Voir comment le dégât, qu’entraîne ma liqueur

Pourra se mesurer sur mon puissant gosier !

Allons ! ... - Mais quoi, pauvre buveur,

Où m’emporte moi-même un excès de vin vieux ?

Les vieillards, les enfants me jettent de chez eux.

Où suis-je ? De défaites en revers,

Une loque ivre morte, échappée aux tonneaux

Roule, débagoule et se heurte à tous les poteaux.

Mon foie s’en va de verre en verre.

Tout me fait lever le coude en l’air : désarroi

Qui me guide et me pousse à enfreindre les lois.

Un bruit de pailles remuées ;

Quand vient le crépuscule, au fond d’un vilain bar.

J’aime un grand flacon d’absinthe, profond et clair miroir

Où je me vois décomposé !

J’aime une brune, bière de feu et de chaleur

Surplombée d’une mousse épaisse, ou bien encore

Blonde : meilleure qu’une maîtresse ;

J’aime ces alcools tous les soirs, car la nuit,

Passant devant le seuil des fermes avec bruit,

Je goûte au bonheur de l’ivresse.

Texte original de Victor Hugo, extrait de "L’enthousiasme"

Je veux voir des combats, toujours au premier rang !

Voir comment les spahis s’épanchent en torrent

Sur l’infanterie inquiète ;

Voir comment leur damas, qu’emporte leur coursier,

Coupe une tête au fil de son croissant d’acier !

Allons !... - mais quoi, pauvre poète,

Où m’emporte moi-même un accès belliqueux ?

Les vieillards, les enfants m’admettent avec eux.

Que suis-je ? - Esprit qu’un souffle enlève.

Comme une feuille morte, échappée aux bouleaux,

Qui sur une onde en pente erre de flots en flots,

Mes jours s’en vont de rêve en rêve.

Tout me fait songer : l’air, les prés, les monts, les bois.

J’en ai pour tout un jour des soupirs d’un hautbois,

D’un bruit de feuilles remuées ;

Quand vient le crépuscule, au fond d’un vallon noir,

J’aime un grand lac d’argent, profond et clair miroir

Où se regardent les nuées.

J’aime une lune, ardente et rouge comme l’or,

Se levant dans la brume épaisse, ou bien encor

Blanche au bord d’un nuage sombre ;

J’aime ces chariots lourds et noirs, qui la nuit,

Passant devant le seuil des fermes avec bruit,

Font aboyer les chiens dans l’ombre.

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