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Ras la basket de se faire pomper

Ras la pompe de se faire rasketer

dimanche 2 mai 2004, par Séverine Capeille

En nous écrivant, Serge Rivron nous a mis la puce à l’oreille. Son site fait mention d’un nouveau coup d’éperon dans notre oseille. Citons le texte :

avril 2004

tarifs relevés aux vitrines de quelques magasins de chaussures du centre de Lyon :

mocassins homme = 240 à 426...

tongues plastique = 78

sandales = 125 à 320

BONNE NOUVELLE :

par décision unilatérale, les vendeurs de godasses sont repassés au Franc !

On sourit. Mais, la dérision employée par l’auteur masque un phénomène littéraire plus profond. Jean-Pierre Martin, Professeur à l’université Lyon II, fait également mention, dans son dernier roman (« Les sabots suédois », voir la brève), des tarifs exorbitants des chaussures :

« sandales à semelles de bois, vendues avec sept jeux de lanières, In dress au Bon Marché, 120 euros ; néo-sabots à semelles compensées recouvertes de cuir gold, Paco Rabanne, 300 euros ; en cuir souple, Mosquitos, 120 euros ; en veau doré avec talon de 8 cm, Clone, 234 euros ; sandales en cuir gras de chez Patrick Cox, 350 euros ; claquettes à talons hauts, en similicuir (là, je désapprouve), les 3 Suisses, 39.90 euros ; claquettes à boucle, en cuir, de Patricia Pepe, 180 euros ; en cuir glacé, Marc by Marc Jacobs chez It Boutique, 140 euros ; compensées en cuir tressé, Isabel Marant, 90 euros ; socques à brides de tissu monogrammé, Céline, 225 euros . » (Les Sabots suédois, Fayard, 2004, p.215)

Une longue énumération, terminée par un retentissant « rien de nouveau sous le sabot ». Sauf les prix. Depuis deux ans, la tongue se renouvelle, mais gare au retour de semelle. Comme le string (voir article), elle se définit par sa simplicité : ficelle entre les fesses, ficelle entre les pieds. C’est cohérent. Elle évoque une certaine idée de la liberté dans un espace bitumé, se porte avec des jupes, jupons, panta-courts ou longs… Elle suppose, sans doute, une certaine évolution des mentalités, que les 35 heures ont du conforter… Le retour du sabot est, quant à lui, plus récent. C’est le grand retour de la France rurale, exploitée par la « ferme » de TF1. Tout le monde le sait : les français adorent bricoler et s’occuper de leur jardin… quand ils en ont un. Le sabot c’est aussi, avec sa petite lanière qui le maintient, une forme d’intermittence. Ce n’est peut être pas sans importance …

On comprend cet engouement collectif pour la sandale, galoche ou claquette. Ce qui est plus opaque, c’est la justification de tels prix. JP Martin commente : « Quelle imposture ! ». Serge Rivron préfère utiliser l’ironie pour mieux dénoncer l’absurdité. Mais rassurons nos auteurs : la France est toujours attachée à ses valeurs. Si la « Liberté » est dans le sabot, « l’égalité » et la « fraternité » se font avec le cordonnier, qui ne sera plus tout seul, cruelle injustice, à être mal chaussé. Et d’ailleurs, il n’y a même plus de cordonniers.

Le site de Serge Rivron.

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1 Message

  • Ras la basket de se faire pomper

    22 juin 2009 00:40

    "Ras la pompe de se faire rasketer" : trop fort Sévy. Mes tongues sont vendues à 5 euros, j’file l’adresse de mon chausseur sur mesure à toutes celles qui ne veulent plus s"faire pomper.

    Laet...

    Répondre à ce message


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