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L’Original JM ...

mardi 6 mai 2008, par Laetitia Tendart

JM, des initiales qui résonnent fort dans le milieu du hip-hop français, pour cause, il est le directeur de L’Original Festival. Pari réussi pour cet ancien danseur professionnel qui a mis son énergie au service de son kiffe. Sistoeurs voulait en savoir plus sur l’organisateur de ce rendez-vous annuel qui fait désormais la joie des lyonnais et de la France entière. C’est un JM speed, pris entre deux RDV, qui nous a accordé une interview. Un trop plein de hip-hop ...

J.M, peux-tu décliner ton identité à nos lecteurs ?

Jean-Marc, mais tout le monde m’appelle JM. Parfois j’en oublie mon vrai prénom.

Quand et comment es-tu tombé amoureux du hip-hop ?

C’est une longue histoire. Adolescent, J’ai découvert ce truc complètement nouveau qui allait dans toutes les directions : la musique, le graphisme, la chorégraphie, la danse qui permettait de s’exprimer avec des codes malléables, pas figés, dans lesquels chacun pouvait donner libre cours à son imagination. Le hip-hop, c’est prendre des disques, te les approprier et les détourner. C’est également détourner l’art du graphisme et en faire ce qu’on veut. Il ne dépend d’aucun code. Le seul code est celui de la libre expression. C’est un mouvement jeune, qui d’office t’appartenait, était pour nous. Ça permettait de danser et d’exister différemment, sans faire de Jazz ni de danse classique, toutes ces musiques qui ne me parlaient pas particulièrement. De plus, le hip-hop venait de la rue, de gens comme nous. Ce courant sortait du ghetto et comme tous les ghettos du monde ont à peu près les mêmes codes, je m’y suis identifié et suis tombé dedans. Plus tard, la vague H.I.P.H.O.P est venue confirmer cet engouement. Alors, on affirmait notre égo, on s’affublait de surnoms et on était un peu tous des coqs de basse cour et surtout on était dans la confrontation artistique, ce qui nous rendait encore plus « mâle ». On était tous des « King ». Ensuite, ça va au-delà d’un effet de mode, de cette volonté de s’affirmer : ça devient une passion commune, donc on continue et on ne lâche pas l’affaire.

Quelles sont tes références musicales ?

Beaucoup de hip-hop évidemment, ce que j’aime en musique, avec tout le parcours que j’ai, c’est l’ouverture au rap, à la soul, au Jazz. Mais ça va au-delà de tout ça, parce qu’en aimant le rap, tu développes une oreille et tu découvres les samples : ça oblige à avoir une culture super large. Ensuite, tu veux savoir d’où ils proviennent et tu sais désormais qu’ils ont appartenu au Jazz, à la Soul ou au reggae, et ça c’est génial. Globalement, c’est une musique complètement ouverte. Tu découvres ensuite l’univers des artiste et tu veux encore aller plus loin, tu t’intéresses à leur travail et là tu découvres que c’est quasiment du sampling intégral et que les mecs n’ont rien inventé et qu’ils ont juste retravaillé le son en y ajoutant leur touche personnelle. Comme dit KRS One « c’est partir de l’ancien pour créer du nouveau et se l’approprier ». A travers le rap, on s’intéresse à toutes les musiques, au reggae, au GWOKA... C’est un mélange de musiques qui a crée des sonorités particulières et qui a chamboulé l’industrie musicale. C’est une musique complètement ouverte. C’était faire avec ce qu’on avait et le peu qui était proposé. Regarde les samples ! Tu prends le son bout à bout et tu crées un pan tout entier de son neuf ; ajoute à ça ta touche ! Le scratch est un bel exemple, au départ ce n’était pas fait pour ça. Ça donne ensuite lieu à une discipline complètement nouvelle, inventive. C’est l’une des musiques les plus inventives de ces vingt dernières années. Un mouvement Urbain. On a l’impression d’être participant à cette vision musicale, on est acteur du hip-hop.

Comment est né L’Original ?

J’ai été danseur professionnel pendant une dizaine d’années dans les « B-boys breakeurs » à Rilleux et j’ai crée un magazine qui s’appelait version 6 9 qui mettait en avant ce qui se passait dans la région Rhône Alpes. Il ne se passait pas grand-chose et nous voulions que Lyon et sa région soient reconnus, et même si nous n’avions pas de gros moyens. Nous n’avions aucun évènement majeur autour du hip-hop. A Grenoble, juste à côté, il y avait le festival Total session où j’avais été en 1999. Donc on a crée UP Session avec une autre association, la Lyonnaise des Flows (à l’époque label du groupe IPM), au Transbo qui avait été un bel évènement avec une belle scène en rap Français (Idéal J, Fabe et la Scred Connexions), des battles, des danseurs dont certains sont devenus les Pokémons Crew. En 2001, on l’a reconduit au Ninkasi Kao, en prenant moins de risques. Et en 2003, on s’est dit que nous allions le refaire. Nous voulions quelque chose de grand parce que ça tombait bien avec les 20 ans du hip hop en France. L’idée de l’Original, c’était de dire qu’il y avait des actions au niveau national et nous, nous voulions faire quelque chose au niveau régional. Ensuite, il a été reconduit et ça montrait qu’il y avait un public en demande et réceptif à ce genre d’initiative. Il montrait que le public était plus large, qu’il n’y avait pas que le « jeune de banlieue », mais un public cosmopolite venant des beaux quartiers comme des cités.
C’est devenu ensuite mon activité principale depuis 2004. J’ai fait plein de choses et le fil conducteur a été le hip-hop, que ce soit dans la communication, les arts graphiques, dans le management...

Comment as-tu réussi à faire partager ta passion à tout Lyon et à toute la France ?

C’est NOTRE passion puisque l’Original est un travail d’équipe avec Mathieu, Julien, Marie, Sandrine, Pierre, Camille, mon équipe quoi ! Au-delà des polémiques, la culture hip hop est puissante. Elle a un potentiel qui touche tous les publics. Quand on a fait du graff à RVI et qu’il a attiré plus de 4000 personnes, on a été surpris de voir tant de visiteurs : des personnes âgées, des familles qui venaient voir des dessins sur des murs, on a été bluffé. Alors quand on voit ça, on apprécie et on se dit qu’on va faire plus. On veut faire partager aux gens cette culture qui nous ressemble sans avoir une étiquette de fouteurs de merde. Malgré tout ce qu’on a pu en dire, elle est celle qui réunit. Avec le hip-hop, tout le monde est concerné : noirs, blancs, beurs, asiatiques, riches et pauvres alors que dans le Rock, le public est majoritairement blanc, pour schématiser par exemple. Quelle autre culture pouvait le faire ? On partait d’un a priori négatif, mais en finalité, on a vu des familles, des personnes âgées bluffées par des danseurs ou par des graffitis. On transforme cette joie en énergie positive et la passion nous pousse à continuer à faire plaisir aux gens. Le hip-hop ne cesse de grandir et d’étonner. C’est une culture du quotidien, qui commence sur les marches de l’Opéra pour finir sur scène à L’opéra. Et même quand on n’a pas de formation particulière, avec le hip-hop tout peut arriver. C’est ça le hip-hop. Tu passes de danseur à autodidacte dans le domaine de la communication, des médias...Y’a plein de potentiel et tu réponds à la demande de tous... Le hip-hop a ouvert et ouvre encore l’horizon de toute une jeunesse sur des mondes qui leur étaient a priori étranger : le spectacle, la mode, la communication, l’entreprenariat, les médias, etc...

Quels ont été les premiers soutiens au projet ? A quelles portes as tu frappé en priorité pour mettre en place le Festival ?

Nous avons soumis notre projet à la ville de Lyon pour la commémoration du hip hop. A notre grande surprise, elle était partante pour l’aventure. La première année, la ville nous a accordé un budget puis, à notre grand désarroi, la ville a réduit le budget de 40%. On est passé de 50.000 euros à 30.000 euros à la deuxième édition. Le grand message d’encouragement était de réduire le budget. Bizarre ! On a lutté et on s’est dit que ça valait le coup de continuer, que tout ne pouvait pas s’arrêter comme ça. On a donc tenu bon et le festival est encore là aujourd’hui. Alors qu’il a failli mourir dès la 1ere édition.

24 heures avec JM, à quelques semaines du festival, c’est comment ?

Speed. Même si on a plus d’expérience et qu’on anticipe plus les choses. Il faut faire la promo et conquérir plus de public. Beaucoup de personnes, même à Lyon, ne savent pas que le festival hip hop existe. On voudrait faire bouger la population lyonnaise et la banlieue. Prenons l’exemple du Petit Bulletin, il n’est diffusé qu’à Lyon et quand tu habites à Rillieux et que tu sors très peu de chez toi, tu peux passer à côté de l’évènement. Il y a les populations de l’Ouest Bourgeois, de l’Est ou du sud Lyonnais dans les quartiers populaires à conquérir. Beaucoup de travail, de sollicitations, de médias, de partenaires, d’artistes partout en France en Europe aussi. Beaucoup de communication, d’entretien de réseau, de finance, de logistique et de technique. L’organisation. Il y a un travail incessant à faire, donc réveil à six heures (souvent plus tôt encore), deux heures pour gérer des centaines de mails, faire le tri, ensuite rendez-vous. Et puis les projets sont lourds. Par exemple, avec tout ce qui va être fait au niveau de la programmation du beat box. Il faut construire, promotionner différemment la chose pour la présenter au public. Dans les difficultés de cette année, il y a la reformation du groupe La Cliqua. Beaucoup de voyages pour rencontrer les artistes à Paris, en Suisse mais aussi à l’étranger. C’est à peu près quatorze heures par jour et sept jours sur sept. Souvent deux à trois heures de sommeil par nuit. Une anecdote, le dernier jour du festival de l’année dernière qui terminait par les battles après avoir déposé chez lui le dernier danseur dans le 5ème arrondissement, je me suis endormi quatre heures dans ma voiture tellement j’étais fatigué ! Ensuite, j’ai roulé jusqu’à Hôtel de ville où je me suis arrêté encore parce j’en pouvais plus. Quand je suis arrivé chez moi à Rillieux, je n’ai même pas eu la force de monter chez moi, et je suis resté endormi encore deux heures dans ma voiture sur le parking. Ça prend beaucoup d’énergie au niveau physique et mental aussi. Au sortir des concerts, on est vidé et ça s’enchaîne sur dix jours. Couché à minuit ou deux heures du mat’ et rebelote. Voilà, mais on n’est pas à plaindre. On fait ce qu’on aime et on a beaucoup de satisfactions : la 1ere étant la joie du public pendant les spectacles et les nombreux témoignages positifs, les encouragements. Ça, c’est un moteur surpuissant, crois moi.

Dans quel état d’esprit est-on, avant, pendant et après le festival ? Et est-ce que ça s’arrête ?

Avant, on est dans la phase de préparation où on est anxieux. On se demande si ce qu’on fait va plaire au public. On suit les chiffres, l’évolution des ventes. D’ailleurs, pour l’instant, ça se passe plutôt bien. Pendant le festival, il faut s’assurer de mettre les artistes dans les meilleures conditions pour qu’ils produisent un bon spectacle, notamment en leur proposant un bon accueil, un bon hôtel et de la bonne bouffe. Après, il faut s’assurer du bon départ des artistes. Ensuite, il y a deux à trois jours de boulot post concert où on règle les factures. Il y a le rapport et la revue de presse à rendre aux partenaires et après on peut se prendre des jours de décompression pour dormir et couper son téléphone. Mais ça repart aussitôt parce qu’autour du festival L’Original, il y a d’autres concerts dans l’année et d’autres activités, entre autres les battles et concours d’affiches.

Il y a un(e) artiste avec qui tu aurais voulu collaborer ? Et quels sont les artistes actuels qui cartonnent dans le hip-hop avec lesquels tu aimerais travailler ?

Il y a eu DJ Kool Herc, qui est l’un de ceux qu’il fallait à tout prix avoir. La première année on a eu Raekwon, la deuxième on a eu Guru, la troisième on a eu De la Soul, DJ KOOL HERC, l’année dernière nous avons eu Method man et Public Enemy. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’au départ, en tant que Lyonnais, on était perdants d’avance. Les Américains ne connaissent pas Lyon. Mais à force de persévérance, on a pu avoir de grands artistes qui ont fait la joie des gens venus de partout. Mais il reste pas mal d’artistes qu’on voudrait avoir comme Kanye West, le Wu Tang, Cypress Hill, et Jay-Z ou encore des artistes Soul comme Erykah Badu, Mary J Blige, Alicia Keys, qu’on ne peut pas encore faire venir, faute de moyens. Pour l’instant, on n’a pas encore eu de grosses têtes d’affiche reggae. Ca va venir. Pour nous, c’est complètement légitime de vouloir faire du reggae ou de la ragga pour ce festival. C’’est logique parce que DJ Kool Herc, qui a lancé ce mouvement, s’est servi de sa culture et de ses origines Jamaïcaines pour en arriver au hip-hop. L’ambition serait d’avoir de plus gros plateaux Soul / Funk pour mélanger les publics. Il y a encore des belles perspectives à long terme.

Quels sont tes meilleurs et plus mauvais souvenirs depuis la création de l’original ?

J’ai deux meilleurs souvenirs. Le premier, c’est DJ Kool Herc qui est la légende vivante du hip hop. C’était un vrai bonheur tant il était cool, et n’a pas la grosse tête. Il s’est baladé dans Lyon, est allé à la rencontre du public. En termes de « puissance scénique », l’année dernière on a été gâté avec Method Man et les Public Enemy, puis, plus tard, Redman et Nas. En plus, les rapports avec tous ont été excellents. Pourtant, on dit souvent que les Ricains sont désagréables, mais tous ceux qui sont passés ont été très cool et j’ai eu avec eux des meilleurs rapports qu’avec certains artistes Français, à l’exception de Grandmaster Flash qui n’a pas été cool, il a été imbu de sa personne. C’est le seul artiste avec lequel on n’a pas pu communiquer. C’est le seul mauvais souvenir pour toute l’équipe.

Moi, perso, j’ai été déçue par la prestation de Nas qui est pourtant le prodige du rap Us.

Pour dédouaner Nas, il voulait faire une tournée à l’ancienne, du brut hip hop : un MC et un DJ. Il avait une tournée européenne de quarante dates avec simplement son DJ et sans Backer pour un show qui devait durer 1h30. Quand il est arrivé à Lyon, nous étions les avant-derniers sur cette tournée. Donc, il était épuisé, et s’en est excusé avant sa prestation parce qu’il ne tenait plus debout, on aurait dit un zombie.

L’Original, c’est tout un collectif, donc toute une équipe, peux tu nous la présenter et nous parler d’elle ? Quel est le rôle de Chacun ?

L’Original, c’est tout un réseau d’amis qui aide à la technique, au bon déroulement des festivités. Ce sont des bénévoles, des stagiaires aussi. Et une équipe de « cadres » qui est là depuis le début : Mathieu (Mektoub), Julien (Vizual UpDate), Sandrine, Marie, Simon. Ce sont des gens qui reviennent tous les ans nous apporter leur aide. Moi je me contente de faire le lien et la coordination tout au long de l’année.

Le festival L’Original a-t-il eu le retour que vous attendiez ?

C’est une réussite qui est allée au-delà de toutes nos espérances. D’un point de vue médiatique, oui, on commence à être bien reconnu. On a un public de plus en plus large, divers. On a réussi à contenter les fans du rap old school avec les Public Enemy, DJ Kool Herc, Grandmaster Flash... On a du neuf, avec des artistes telles que Bahamadia, Jaguar Wright. Le festival sert à représenter la vitrine internationale des gros spectacles, mais avec le Tremplin, on a un vrai projet de développement local. Certains artistes régionaux ou nationaux qui ne sont pas encore des têtes d’affiches peuvent se faire connaitre du grand public en faisant des premières parties.

Quel serait ton projet le plus fou ?

Ce serait pouvoir faire un mélange des genres, un truc inimaginable comme, admettons, un featuring, Jay-Z et un artiste local pour le fun sur scène. Créer des évènements qui soient uniques en France. On génère en ce moment une scène beat box avec des mecs qui montent des orchestres, on est encore dans l’innovation. On est toujours inspiré, toujours en constante progression. On veut montrer des créations et développer le reggae et la ragga. Faire des choses complètement inédites et avoir des plateaux exclusivement conçus pour ce festival. Etre un gros festival au niveau Européen. Faire que L’Original soit une tête d’affiche tout autant que les artistes que l’on reçoit.

Par quoi souhaites-tu terminer cette interview ?

Venez nombreux à L’original 2009. Qui que vous soyez, vous allez aimer !

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1 Message

  • L’Original JM ...

    5 octobre 2008 18:36, par nubiennes
    Il a l’air pas mal ce festival .Pour moi le hip hop est débute avec le Wu Tang .Tout simplement parce que je trouvais les beat trop répétitif mais ce groupe hyper talentueux m’a réconcilié avec le genre . Il y a aussi Mobb Deep avec des samples très originaux .

    Voir en ligne : http://nubiennes.skyblog.com

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