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So what… Autisme

mercredi 19 mars 2008, par Mireille Disdero

Voix Off - Autre ville, dit-on –
quelques sourires à traverser - bulles de mémoire éclatées –

Au fond du café, une femme âgée balaye de la main les souvenirs de sa nuit blanche. So what, Miles Davis – à peine. En sourdine. Une grappe de lycéens s’éloigne tandis que Jésus le gitan embraye avec un pastis trop serré. Regard en biais vers le patron qui roupille dans l’indifférence.

C’est là que Baby pousse la porte vitrée, à huit heures pile chaque matin. Elle abandonne son sac sur une table encore humide by spontex et commande son expresso avec une pointe de lait froid. Le cours de philo cassera l’ambiance dans exactement une demi-heure. Baby regarde sa montre car dans la vie, croit-elle, il faut vérifier. Ne rien rater. Eh !

Trois tables plus loin, le prof. de Français attend, anxieux, l’heure de son premier round. Avec Baby, ils se fixent inlassablement et sans mot. Pas même bonjour. Rien. L’un comme l’une sait que l’autre est là, chacun vient à cette heure, ici, pour elle, pour lui. Personne n’en dit rien. Nul jamais n’y fait allusion. Ni le patron qui connaît la chanson, ni la vieille insomniaque, ni le blondin du fond qui se roule de la beuh pour après, ni la musique de Miles Davis qui adoucit le jour, collé à la transparence des vitres du troquet… en face du lycée.

Et dans longtemps, quand Baby croisera le prof pour la première fois depuis des années, chez Leclerc, elle regardera sa montre pour vérifier. Dans la vie, ne faut-il pas vérifier… le temps, celui qui est mort, celui qui reste ? Elle s’éloignera sans un mot. Comme elle l’a toujours fait. Très vite, pressée. Histoire de ne pas se mettre en retard car… comprenez bien, dans la vie, on se doit d’être ponctuel. Ne rien rater.

Après, elle aura mal au cœur. Elle se trainera jusqu’à la nuit et s’endormira comme on tombe dans les pommes. Dans le noir. A travers la silhouette d’un homme tiré du passé comme un champagne foutu, Baby percevra nettement les accents d’un morceau de Miles Davis, une odeur brûlée de café sur les lèvres, au matin, et le silence lourd de mots sans avenir, comme chacun.

Voix off .
Autres saisons, dit-on – les silences traversés –
bulles de mémoire éclatée.

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