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Jours de Grève

samedi 16 février 2008, par Flô Bouilloux


Premier jour.

Le métro un jour de grève, c’est finalement le lieu de situations moyenâgeuses avec des assiégeants, des assiégés et des qui essaient de passer de l’un à l’autre.

Marcadet Poissonnier.
Ce n’est que la deuxième station de la ligne 4 mais la rame est quasi pleine quand elle arrive. Je parviens à me trouver une petite place.

A Château Rouge et Barbès on est déjà obligés de laisser des gens sur le quai. On est tellement serrés que certains commencent à demander en rigolant qu’on n’ouvre plus les portes. Une petite communauté se crée : "Ceux du dedans".

Arrivés à Gare du Nord c’est de la folie.
"Ceux du dehors" sont tellement nombreux et tellement poussés contre le métro que "Ceux du dedans" qui se trouvent près des portes ne peuvent même plus se décaler pour laisser sortir ceux qui le souhaitent. Certains restent coincés à l’intérieur jusqu’à ce que l’alarme d’urgence retentisse, ils ont alors un peu plus de temps pour se frayer un chemin, mais il y a tellement peu de place qu’il est difficile pour les autres de les y aider.
Bousculades, coups de gueule.

C’est la guerre. "Ceux du dehors" exhortent "Ceux du dedans" à leur faire de la place en se poussant au fond, ce qui fait bien rigoler "Ceux du dedans" puisque ceux du fond sont déjà au bord de l’asphyxie tant ils sont pressés les uns contre les autres avec, de plus, moins d’air. "Ceux du dedans" exhortent, eux, "Ceux du dehors" à laisser descendre ceux qui le souhaitent et à ne pas essayer de monter une fois le wagon complet, ils voient bien que ce n’est pas la peine, ils ne peuvent qu’empêcher les portes de se fermer et le train de partir. D’autant que le prochain n’est que dans vingt minutes...

Gare de l’Est : Idem.

A chaque station, "Ceux du dedans" espèrent que personne ne voudra descendre car une personne qui descend, c’est quatre personnes qui essaient de monter.

La petite communauté de "Ceux du dedans" se prend à plaisanter de la situation, qui rigole d’être écrabouillée contre un poteau, qui, après avoir senti un téléphone vibrer, prévient son voisin qu’il a reçu un message, qui se baisse pour qu’un autre puisse se tenir à la barre... une bonne humeur règne dans la rame.

Strasbourg Saint-Denis.
Toute la communauté de "Ceux du dedans" se mobilise pour permettre à une femme enceinte jusqu’au cou, qui était assise, de descendre. Ils lui ménagent un chemin dégagé et repoussent, avec force cris, "Ceux du dehors" qui essaient de s’engouffrer.

Châtelet.
Il faut crier et marquer sa détermination en passant en force pour que "Ceux du dehors" vous laissent sortir, impatients qu’ils sont de s’entasser dans le wagon.

Quelques jours de grève plus tard, station Gare du Nord, ou comment se mettre une rame de métro à dos.

Pour éviter les bousculades sur le quai, les agents de sécurité de la RATP et quelques CRS bloquent les escaliers bondés et ne laissent descendre les gens qu’au compte-gouttes.

Notre rame n’est pas encore saturée. Deux femmes montent : une typée "Marine LePen" en un peu plus petite, la quarantaine ou tout comme, et une autre qui a bien du mal avec sa valise et qui pousse malencontreusement la blonde.

La blonde part au quart de tour, elle dit "mais ça va pas bien de pousser comme ça !". Son énervement est tellement incongru qu’il fait sourire tout le monde autour d’elle, on se pince même les lèvres pour ne pas lui rire au nez, puisqu’on ne peut pas se tourner pour rigoler en cachette... Cela, évidemment, la met encore plus en boule. Elle dit que les gens sont cons, que les français sont cons (à ce moment-là je me demande un peu comment elle se considère parce qu’elle a l’air, pour le coup, bien française) et que c’est pas étonnant qu’on ait perdu les Jeux Olympiques (sans commentaires...).

Les stations défilent et elle ne décolère pas. On se demande sur quelle planète elle était ces derniers jours. En tout cas, elle permet, par effet inverse, à tout le monde de se détendre en s’amusant de cette situation. Les gens échangent des petits regards complices, le sourire au coin des yeux.

Elle poursuit sur l’état de la France "ce pays d’assistés" et que en Angleterre c’est beaucoup mieux. A ce moment-là, quelques usagers nous ayant rejoints et n’étant pas dans le même " mood " que les autres, ne se privent pas pour lui dire que non, ce n’est pas mieux en Angleterre parce que, avec la privatisation, les trains sont mal entretenus et tombent souvent en panne etc.

J’ai eu envie de lui dire que comme dit son pote le président : "La France, si on ne l’aime pas, on la quitte" mais je n’ai pas osé. Je lui ai juste dit qu’elle pouvait descendre du métro si ça ne lui plaisait pas. Évidemment, elle a trouvé quelque chose à rétorquer...

Je suis descendue au moment où elle commençait à dire qu’elle avait une carte d’handicapé et qu’elle aurait très bien pu demander une place assise, ce qui a bien fait rigoler tout le monde...

Les jours passent...

Voilà, ça fait presque une semaine que je marche 1h20 par jour (aller-retour) pour aller au boulot. Du coup, je repense à mon grand-père qui devait marcher pas loin d’une heure pour aller à l’école tous les matins, en particulier l’hiver puisque l’été il travaillait, et ça me fait relativiser.
Et puis, je ne traverse pas non plus les quartiers les plus pourris de Paris. J’ai dû me faire prendre en photo pas loin de 10 fois en passant devant Notre-Dame et la rue Mouffetar est pas mal non plus.

J’ai quelques courbatures mais je crois que ça faisait longtemps que je n’avais pas fait autant de sport. Et puis, autre avantage : mon pantalon descend de plus en bas sur mes hanches... (note pour plus tard : faire la grève avant l’été)

Finalement, le président voulait remettre la France au travail, les syndicats s’occupent déjà de la remettre au sport...

Au choix : RANDO BOULOT DODO ou VELO BOULOT DODO.

Quelques jours après les grèves.

Finalement, ce qui m’a le plus choquée au cours de ces 10 jours de grève, ce ne sont pas les cheminaux et leurs revendications, ce ne sont pas non plus les non-grévistes qui faisaient de leur mieux pour que tout se passe dans le calme, non non, ce sont les gros lourds qui profitaient de la promiscuité créée par les rames bondées pour palper de la damoiselle !

C’est le genre de truc qui me donne envie de vomir !

Fin de journée, vous êtes crevée après votre journée de travail et parce que vous avez marché 1h20 (ou plus) pour vous rendre à votre boulot et en revenir. Vous vous retrouvez dans une rame de métro bourrée à craquer, ce qui n’est déjà pas agréable en soit, et là, contre votre cuisse, vos fesses ou votre entre-jambe vous sentez une main. Vous cherchez un peu et parvenez à découvrir qui est au bout de cette main, évidemment il ne s’agit jamais de Brad Pitt, loin de là... et quand bien même...

C’est alors qu’un tas de questions se bousculent dans votre tête : votre cuisse, vos fesses ou votre entre-jambe est-il le seul moyen pour cette personne de se tenir ? A-t-il, d’ailleurs, vraiment besoin de se retenir tellement le métro est bondé ? Et cette main, est-elle mue par les saccades du métro ou son mouvement est-il indépendant, consciemment maîtrisé par son propriétaire ? Grand moment de solitude au milieu d’une trentaine de personnes...

A un moment, vous finissez par lui demander poliment s’il peut retirer sa main car cela vous dérange. Là, deux solutions : ou bien, vous vous êtes fait des idées, ça arrive... ou bien non, et l’individu commence alors à vous tutoyer et vous demande si vous descendez à Gare du Nord, " non ", puis il vous " propose " de descendre à Gare du Nord pour boire un café, si vous répondez que non vous ne descendez pas à Gare du Nord, il vous demande où vous descendez, et c’est à ce moment-là que je l’ai envoyé bouler sèchement en le vouvoyant.

C’est un peu après, quand vous y repensez et que vous vous rendez compte que oui il était bien en train de vous palper sans vous demander votre avis, que vous prenez envie de vomir.

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2 Messages de forum

  • Jours de Grève

    18 février 2008 13:47, par lilith
    Même si j’ai quitté Paris il y a longtemps, déjà à une certaine époque ce genre de situation me rendait malade. Dans ton texte , si bien écrit, je retrouve jusqu’aux odeurs , celle bien caractéristique d’oeuf pourri du métro parisien, mélangée aux autres, after shave, parfums et transpirations, l’odeur du stress et les yeux rougis de cette multitude ... Il parait qu’au Japon il existe des "pusheurs" qui tassent les gens dans les wagons , info ou intox , je sais pas . Quoiqu’il en soit ... bravo Flô

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  • Jours de Grève

    19 février 2008 16:48, par Laet
    Paris et son métro ! Pff... Plus jamais ça ! Non, vraiment plus jamais ça !!!

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