Sistoeurs

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Rastas & Sistoeurs

mardi 27 février 2007, par Séverine Capeille

Ca commence avec Bob Marley, « No woman no cry ». Incontestablement. Ca ne peut pas commencer autrement. « Oh ma petite sœur, ne verse pas de larmes ». Regarde-les bien dans les yeux et « Let them talk » dit Garnett Silk, celui dont « la voix de soie » se déchira dans un cruel attentat et qu’on retrouva, dans le brasier de la maison enflammée, enlacé à sa mère qu’il avait tenté de sauver. Il avait vingt-neuf ans. Ca commence avec la sœur qu’on console et la mère qu’on implore : « teach me to love again » (« Like a mother », Garnett Silk). Ca commence comme ça, les rastas et les sistoeurs. Avec des refrains qui s’éclairent aux lumières de la mort. « I gave you everything » (Garnett Silk). Avec le don de soi, de soie...

Le reggae est évanescent comme la « vibes » qu’il poursuit, insaisissable comme « du bois d’amour brûlant pendant la nuit » (« No Woman no cry », Bob Marley). Quelle femme peut résister à l’appel de Garnett Silk et Dennis Brown (reconnu comme Le Prince du Reggae) quand ils entonnent « Sing with me » ? « I shall sing » répondrait immédiatement Marcia Griffiths. Il n’est certes pas donné tous les jours de suivre un Prince dans un « Rub a Dub Style » ou une « Revolution ». Non. Pas fréquent d’entendre « Je t’emmène là où le chat et l’oiseau peuvent se donner rendez-vous » (« Je t’emmène », Saël) et de répondre favorablement à la proposition. « Here I come » (Barrington Levy) se surprend-t-on à dire. Et on se laisse emporter dans la spirale des contraires, dans le dialogue d’une « Complaint » où la légèreté de Garnett Silk se confronte à la pesanteur de Buju Banton, où l’aérien fait face au poing. Et puis on se laisse guider par les « Visions » de Luciano. On est bien. Les paupières commencent à se fermer… quand Glen Washington nous secoue et dit : « open your eyes and see » (« Rise and Shine »).

Alors on ouvre les yeux. « So much confusion » (Morgan Heritage) ; « Confusing situation » (Groundation) et « Problems » (Horace Andy) assaillent notre quotidien. Glen Washington et Luciano ont beau demander « Why ? » et dire que « we need an answer »… Rien. Il faut attendre la caravane d’Alpha Blondy pour entendre japper un chien (« ouah ouah, ouah ouah, le chien aboie de jalousie, il se glorifie dans l’hypocrisie »). On cherche la « Promised Land » avec Aswad, se disant que « Soon we’ll be free » (Jah Cure) et on pousse un cri, un « Peace cry » avec Beres Hammond, Bounty Killer et Jr Kelly. On y croit. « Rasta Man Chant » (Jah Cure) et c’est tellement profond, tellement…

Il faut parler des voix. Non. Il faut parler des tripes. Il faut parler des puissances, des violences et des transes. De la force des prières. De l’absolu de l’éphémère. Il faut parler de la lumière : « Sunny Days » (Jah Cure). Expliquer ce que représentent trois minutes et vingt-trois secondes avec Sizzla, Capleton et Queen Omega. Les aigues et les graves. Le sucré et le suave. Le « Slavery » de Ras Shiloh, la revanche des esclaves.

Il y a tant à dire, et encore plus à faire (« Works to do », Bushman)… Alors, Chezidek donne le coup d’envoi : « Go at it », nous propulsant dans le combat. On se retrouve, « All for a cause », avec Richie Spice, luttant pour des droits égaux (« Fighting for equal rights », Lutan Fyah), pour la liberté (« Freedom », Ijahman et Madge), plein d’espoirs pour une « Younger generation » (Gentleman) qui mérite mieux que le « Build and Destroy » (Morgan Heritage & LMS) incessant de Babylon. On imagine une vie de sourires et on fait confiance à Capleton : « That day will come », même si ça prend « Long long time » (Jah Mali). Oui, c’est sûr, « So much to come » (Morgan Heritage)…

On s’abandonne. Là. C’est là qu’on s’abandonne avec Beres Hammond. Car quelle femme résisterait à sa demande (« Dance 4 me », Beres Hammond Feat. Wyclef) après l’avoir entendu chanter : « your eyes show me everything » (« Angel eyes ») ? Le reggae, c’est la magie des contes où les « Brothers and sisters » (Dennis Brown) se rencontrent. Il suffit d’écouter Ijahman et Madge (« My love ») pour comprendre. Car c’est indéniable : « We need love » (Johnny Osbourne), « Love and affection » (Anthony B.), et quand Jah Cure explique ce qu’est l’amour (« Love is »), sa voix cassée recoud les lambeaux de nos cœurs. Ou les déchire encore. Selon l’humeur.

C’est ainsi que le reggae éveille à la vie les Belles au bois dormant. Entre la mélancolie d’Horace Andy (« Ain’t no sunshine ») et les plus beaux serments (« If loving you is wrong i don’t want to be right », Glen Washington), il y a l’impossibilité des désirs, la nudité des sentiments. Il y a le souffle des promesses (Sizzla « I’ll be there for you »), la respiration des caresses et la légèreté du vent.

« Virtuous woman » (Warrior King), « Homely Girl » (George Nooks), « Lonely Girl » (Bascom X), ou « Ghetto Girl » (Richie Spice), toutes rêvent d’un « Gentleman » (MC Janik), « d’un homme qui sache parler aux dames ». C’est vrai. Mais plus encore, elles se pâment pour tous ceux qui savent encore parler aux âmes.

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