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Amies - Amis

lundi 19 février 2007, par Mireille Disdero

Je me demande comment j’ai pu vivre sans vous voir pendant tout ce temps !

Ca fait dix minutes qu’on tente de se repérer dans ce parking. En route on croise un couple un peu éméché perdu dans le labyrinthe et qui, comme nous trois, sort de l’ascenseur avec des questions existentielles : mais qu’est-ce qu’on fiche ici ? Et où on va... et tu crois qu’on s’en sortira ? Oui Isa. Tu ne peux pas savoir comme je suis bien, perdue dans un parking mais heureuse car vous êtes là, Steph et toi. Elle me répond la même chose, on éclate de rire et je claque des doigts. J’ai l’amitié inoxydable et elle pareil. Amies-amies, le parking ne nous aura pas. Après trois tentatives avec l’ascenseur de gauche, les escaliers du fond et le bloc des gardiens, la rue est à nous. La pluie dans les cheveux, Isa remonte rapidement sa capuche. Je lui souris entre les gouttes.

Tout autour dans les rues, la nuit chasse le fait divers. Droit devant, un type chargé de substances roule vers nous avec son vélo à fleurs rouges en hurlant Chuis le Pèèère-Noëleuh, le salaud qu’a zappé la téci des oufs. Yes Mani !
Il nous frôle du guidon en rigolant. Steph accélère en se tournant vers nous, inquiet. Le rouleur disparaît après le bar des Trois Rois avec son vélo déjanté. On est en retard, non ? Isa s’en moque, elle reprend : Et tu te rappelles quand on a changé les noms sur les sonnettes du 21 rue Granet ? Ah, ça c’était une idée à toi. Trop drôle. Le vieux était furax... sur la sienne tu avais écrit « Le grand méchant loup ». Oui Isa, après il est venu pleurer « j’ai jamais mangé personne, pourquoi c’est toujours moi le méchant, ici ! » Et tu te rappelles ? Après, on lui a préparé un gâteau au chocolat et on l’a invité à la fête. Touché, il a mangé sa part, la mienne puis il a emporté ce qui restait dans un papier d’aluminium « pour quand je serai seul devant ma télé ». Il a forcé l’émotion dans sa voix avec une phrase genre estocade : « zêtes trop cons, les jeunes ! ». Et nous ce jour-là, on a pris sa phrase pour une preuve de tendresse. On l’aimait bien le vieux, hein Isa ? Oui, mais c’était un malin. Il n’a jamais mangé personne, par contre le gâteau y est passé.

Devant le restaurant où il a réservé, Steph - qui a marché plus vite - nous attend en faisant de grands gestes un peu comiques. Son but reste le même depuis le lycée, nous faire rire et même plus si infinité. Mais moi, ça me bouleverse, d’un seul coup. Dans son manteau, il ressemble à un ours tendre. Quand je suis à sa hauteur, je le prends dans mes bras - ou bien c’est lui, ou bien c’est nous ensemble. On se serre longtemps sous la pluie. C’est tendre, c’est bon, c’est Steph. Je t’aime Steph, tu sais ? Non mais eh ! ça je ne lui dis pas. Avec Steph c’est sans les mots. Amies-Amis.

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