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Laissez-vous étreindre par Miossec

jeudi 24 août 2006, par Nadja Pobel

Voilà 11 ans que les sorties des albums de Miossec rythment (entre autres !) nos petites vies. Alors c’est avec plaisir qu’on va le retrouver un jour de rentrée, à l’orée de septembre. Peur toutefois de ne pas être complètement emballé car le Brestois, désormais bruxellois par amour, n’est pas homme à rendre service et apporter sur un plateau ce qui nous ferait plaisir.

Il y a bien sûr des morceaux décevants, les trois derniers notamment avec cette belle promesse de comptine pour son bonhomme qui tourne à vide. Mais qu’importe ! Miossec épate là on l’attendait le moins.

Quand je fais la chose parait lourdingue dès le titre et ça s’amplifie, quand, d’un coup d’œil furtif au texte, on s’aperçoit qu’une phrase sur deux est « quand je fais l’amour ». Miossec a-t-il toujours besoin de la ramener avec la chair et les sentiments écrasés sous le poids des corps ? Oui ! C’est le morceau le plus cinglant et le plus drôle de cet opus. « Quand je fais l’amour/Je pense à ma femme et comment on était beau autrefois/…/J’appellerais bien les secours pour qu’ils me sortent de là/…/J’oublie les prénoms les prix c’est pas si facile que ça ». Accompagné d’un refrain entêtant et malin, Miossec signe un titre jouissif. Pardon. Je m’emballe et j’exagère par facilité. Mais le breton n’en demeure pas moins être un des auteurs les plus doués pour parler d’amour-accouplement-copulation (à vous de choisir en fonction du degré d’engagement amoureux).

Les textes, quand ils oublient d’être désuets (l’amour et l’air, Julia) ou que la métaphore n’est pas filée trop facilement (La grande marée - « J’aimerai tellement t’amarrer aux pontons/Ne plus te laisser dériver »), sont particulièrement grinçants. La facture d’électricité, qui tourne en boucle sur les ondes FM est un condensé de l’homme empêtré dans son couple et sa petite misère, l’échographie du bébé et les papiers administratifs se confondant. Efficace. Les mots font aussi merveilles dans la mélancolie : « la mélancolie c’est communiste / Tout le monde y a droit de temps en temps ». Un vrai manifeste comme on n’en fait plus !

Un Miossec ressemble toujours un peu à un précédent, au point de retrouver les mêmes râles, les mêmes envolées parfois. Mais l’homme grandit aussi et laisse place à une orchestration de plus en plus maîtrisée et qui trouve pleinement sa place lorsqu’il s’autorise à intituler une chanson Maman, une chanson douce, intransigeante, juste et belle. La mélodie est encore particulièrement soignée et arrangée pour ce loup dans la bergerie. Miossec se fait plus grave, abandonne son traditionnel maillage narratif, et fait de cet anti-single un vrai moment d’émotion. Fermez les yeux, laissez-vous bercer par la musicalité tirée au cordeau entre contrebasse et vibraphone. Il est là où on ne l’attendait pas.

Christophe Miossec poursuit donc sa belle route dans le paysage musical, semant, au cours de ces 43 minutes, des repères qui nous évitent de nous perdre et qui nous permettent de mieux répondre à ses nouvelles invitations stylistiques. Obsédé par la fidélité et son contraire, il oscille encore entre nous séduire vraiment ou nous laisser croire que le meilleur est à venir. Comme s’il prenait un malin plaisir à se faire désirer. Ne pas répondre à toutes nos attentes pour ne pas trop qu’on l’aime, comme un signe de pudeur de celui qui parle le mieux des corps. Prenez le temps d’écouter ce nouvel opus coloré avant que n’arrive le prochain.

Miossec, L’étreinte, PIAS, sortie 21 août 2006

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