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Qui a peur de Régis Schleicher ?

mercredi 2 mars 2005, par Franca Maï

Membre d’Action Directe, militant communiste révolutionnaire, il a été arrêté le 15 mars 1984. Il croupit en prison depuis maintenant 21 longues années.

Dans un premier temps, en isolement carcéral puis sclérosé au statut de DPS. (Détenu particulièrement surveillé).

Imaginez une horde de matons accrochée en permanence à votre souffle. De quoi repaître la folie. Les six pas journaliers du tombeau sont forcément pesants.

Avez-vous calculé le nombre de jours, d’heures, de secondes, de rêves envolés que ces saisons emmurées représentent ?

Condamné à deux peines de réclusion criminelle à perpétuité en 1987 et en 1988 pour ses engagements politiques et le meurtre de deux policiers, Régis Schleicher ne peut concrètement bénéficier d’aucune libération conditionnelle avant le 22 mars 2006. Il a pourtant terminé sa peine incompressible, il y a plus de six ans.

Depuis l’automne 2001, il a fait trois demandes de libération : toutes rejetées.
Devant le béton d’éternité qui s’érigeait devant lui, il a tenté de s’évader en février 2003.

Comment pourrait-on en vouloir à un homme de transgresser les barreaux pour atteindre l’ivresse de la liberté ? Comment ne pas comprendre sa tentative de chevaucher la mort lente avant qu’elle ne le plaque définitivement au sol.

Vérifier si les ailes fonctionnent toujours et ne sont pas rouillées est une réaction humaine, naturelle ... Qui pourrait lui jeter la pierre ? ...

Qu’auriez-vous fait à sa place ?

Aujourd’hui, une nouvelle demande lui a été refusée.

Il reste fidèle à son absolu et refuse toute idée de repentir. La justice Française aime les agenouillés. Est-ce pour cette raison qu’elle lui fait payer le prix fort ?

Il faudrait qu’il se désolidarise de ses combats pour « négocier » la clef qui ouvre la cage. L’idéal révolutionnaire ne serait qu’une pathologie mentale.

Après lui avoir infligé la torture morale et la privation de liberté durant un tiers de sa vie, on lui demande de se trahir.

La prison aurait donc pour rôle de détruire les convictions intrinsèques d’un homme, de lobotomiser sa conscience.

La prison détruit tout court.

ll est évident que le Régis Schleicher actuel est un homme entamé. L’isolement et les humiliations quotidiennes ayant fait leur travail de sape insidieusement et malgré lui. Devrait-il sortir dépouillé et maté de ses oripeaux pour rentrer dans le rang, en amnésie totale ?

Mais peut-on demander à un homme de faire semblant, d’être hypocrite ?

Reproche-t-on à Régis Schleicher de préserver malgré tout, sa curiosité et ses capacités d’analyse d’un monde en dérive. De garder les yeux ouverts. D’avoir quelques doutes sur l’avenir que l’on prépare à nos enfants.

Est-ce pour toutes ces raisons que la paranoïa d’un Etat s’interdit de faire preuve d’ouverture et de sagesse ? ... Les stigmates d’une vengeance froide et obstinée.

Régis Schleicher devrait présentement marcher à l’air affranchi et vivre sa vie d’homme telle qu’il l’entend.

Il a payé chèrement sa dette à la société.

Et devant tant d’acharnement à vouloir plier un être humain sans que ce dernier ne faiblisse, le seul mot qui s’épingle aux lèvres des clairvoyants est : Respect.

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1 Message

  • > Qui a peur de Régis Schleicher ?

    2 mars 2005 20:01, par voxx populi
    Toute cette affaire relance ce qui, pour moi, est capital dans une civilisation qui se veut progressiste. Quel est la place de la sanction, jusqu’où aller pour que la prise de conscience de "l’acte" amène la reflexion sur soi ? Juger est aisé mais comprendre, analyser et corriger par le dialogue et la réthorique ne l’est pas...Nous gagnerons toujours à aller au fond du problème et surtout à tenter de comprendre ce qui s’est passé pour AD. Comprendre, c’est se faire à l’idée du pardon et du respect de la dignité humaine...Il ôte la vie, notre devoir et de lui donner encore plus de respect et d’espoir pour sa reconstruction. Non pas pour qu’il renie sont passé politique car c’est avant tout son opinion et je me dois de la respecter mais pour que son travail se fasse sereinement entre lui et sa conscience...Et ce travail n’est jamais facilité par les "barreaux à vie", çà ne marche pas et çà ne marchera jamais...C’est le manque d’espoir qui pousse au crime, le manque d’issue, le manque d’ouverture au sens propre comme au figuré. Je n’ai pas peur de Régis Schleicher, je ne suis pas d’accord avec son combat mais je le comprends, le respecte et souhaite enfin que la France arrive à regarder en face cette période peu glorieuse que l’Etat veut réduire à un simple fait divers relatif à de la délinquance classique...Apprenons du passé, apprenons !

    Voir en ligne : http://www.myassa.net

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