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Patko – Maroon

samedi 17 octobre 2015, par Le Collectif Sistoeurs

Depuis la sortie de son premier album « Just Take It Easy » en 2013, Patko a multiplié les rencontres artistiques pour élaborer son deuxième opus. Une nouvelle fois il signe la majorité des compositions, mélangeant habilement programmation et instruments.

QUI EST PATKO ?

Né et élevé en Guyane française par des parents Surinamais, Patko grandit sur la terre de ses ancêtres, en pays Maroon [1], territoire coupé en deux par une frontière qu’il n’a de cesse de traverser jusqu’à ce que la guerre civile n’éclate en 1986 au Suriname et ne l’oblige, lui et sa famille, à rester du côté français où ils vivent. Il vit au sein d’une communauté multiculturelle où cohabitent Maroons, Amérindiens, Hindous, Créoles, Brésiliens et Hmongs Laotiens. Par la force des choses, Patko se nourrit et s’imprègne de ces différentes cultures. Il est naturellement tourné vers les autres et, pour le jeune garçon qu’il est alors, le quotidien, même si il est parfois difficile, n’en reste pas moins une source d’inspiration intarissable.

Musicalement, Patko est imprégné dès son plus jeune âge par divers styles traditionnels [2] comme modernes, la musique prend une place importante dans sa vie. Très jeune le reggae a déjà pour lui une résonance particulière, un de ses oncles ayant un Sound System assez réputé au Suriname et, c’est dès l’âge de 12 ans qu’il commence son apprentissage de la basse et du piano. Cinq ans plus tard, il quitte son village d’Acarouany et part seul s’installer dans la ville de Mana où il rejoint rapidement une formation reggae et, à l’image de sa mère, décide de se mettre au service de la communauté en devenant pompier volontaire. Quelques années passent ainsi, rythmées d’expériences diverses, parfois enrichissantes, parfois moins reluisantes, Patko se cherche. Le travail étant plutôt rare à Mana, il craint d’être aspiré par cette triste spirale des solutions faciles et des combines pour survivre en marge de la légalité. Il ne se voit pas d’avenir très radieux en restant en Guyane et son goût pour la musique est si fort qu’il décide alors de tenter l’aventure en métropole. Il part à Paris en 2001, puis arrive à Tours l’année suivante où il fait la rencontre de Mighty Kila avec qui il partage régulièrement le micro en Sound System. En créole surinamais, en patois jamaïcain et parfois en français, Patko a besoin de s’exprimer.

Durant ces années, il va à la rencontre de bon nombre d’artistes avec qui il ne tarde pas à collaborer sur des projets qui ne verront pas toujours le jour, faute d’expérience et de moyens. En 2007, il rejoint la formation grenobloise L’Année du Singe pour des shows Hip Hop/Reggae mêlant instruments acoustiques et programmations, ils feront de nombreux live ensemble. Parallèlement Patko avance dans son travail de beatmaker/compositeur pour des artistes comme Lyricson ou Mighty Kila et sort la compilation Flame Of Life riddim sur le label Angry Stuff Records, réunissant des artistes comme Colonel Reyel, Takana Zion, Brahim ou Lyricson. Il signe également le titre éponyme de l’album ’Flame of life’ qui reste l’un de ses morceaux fondateurs.

Ce premier essai réussi au micro et à la composition l’amène également à collaborer avec Maxxo qui l’invite à partager un titre sur son deuxième album puis à l’accompagner en tournée durant deux ans dans toute la France. Le public ne s’y trompe pas, Patko aime la scène, il s’y sent naturellement bien, son énergie, son flow puissant et ses mélodies touchent son auditoire et marquent les esprits.

En 2011, Angry Stuff sort sa deuxième composition, le terrible Buss No Gun riddim. Un savant mélange de roots reggae et de dancehall sur lequel on retrouve, entre autres, Turbulence, Straïka D ou Kananga et, là encore, le titre éponyme de Patko fait l’unanimité. Lyricson, Mighty Kila et Maxxo choisiront d’ailleurs d’enregistrer sur ce riddim pour leurs albums respectifs. Viennent ensuite différentes collaborations comme son titre On The Radio qui sort sur la compilation Soirée Zouk 2012 chez Wagram, label avec qui il avait déjà eu l’occasion de travailler quelques années auparavant. Salué par la critique pour la qualité et l’originalité de ses compositions, son album Just Take It Easy, entièrement autoproduit, sort en 2013. Deux clips sont alors réalisés par Amaru prod : Mama, puis Just Take It Easy qui entre en rotation sur la chaîne TNT D17. C’est avec son propre groupe ou en sound system qu’il sillonne la France des festivals, des clubs ou des grandes scènes aux côté d’artistes comme Barrington Levy, Sizzla, Yaniss Odua, Black Uhuru, Randy Valentine, Steel Pulse, Warrior King, Gladiators, Danakil, Gnawa Diffusion, Gentleman, Abbyssinians, Max Roméo, Sinsemilia, Bigga Ranks, Taïro, Naâman, Alborosie, Joggo, Alpha Blondy, Raggasonic, Sir Jean, Nuttea, Bazil et tant d’autres..

Depuis, Patko répond à de nombreuses sollicitations et choisit d’enregistrer quelques titres pour divers producteurs. Il interprète Angel in my life pour un one riddim album produit par les jamaïcains de Dubtonic Kru qui sortira prochainement sur le label américain VP Records, et aussi des titres comme Fi di herbs ou Real Revolution sur les compilations Génération H et Bella Ciao. Ces deux compilations sorties à l’initiative d’Alexandre Grondeau, réunissent une vingtaine d’artistes de la scène reggae francophone actuelle, et sont respectivement produites par Dark Sun Nino pour le label La Lune Sur Le Toit et Zigo (Dub Inc) sur son label Green Yard Records. Il enregistre également en featuring sur un titre de l’album solo de Tchong Libo (Broussaï) ou sur le titre Fire du groupe Costaricain Talawa.

Durant l’année 2014, Patko se rapproche également du tout nouveau label Galang Records pour la production du single Why A Badman. Ce titre, au message fort, évoquant la dérive inquiétante d’une jeunesse en quête d’identité, influencée par les stéréotypes « Gangster » véhiculés par bon nombre d’artistes et de médias, est soutenu par un riddim original composé par son compère Jo Cocco. Ce single est porté par un clip tourné à Kingston par Raatid & Magic films.

Il avance également sur son prochain album, multipliant les collaborations en Jamaïque, au Suriname, aux États Unis ou en Europe. Il travaille sans cesse, il compose, il écrit et met à profit chaque rencontre. C’est durant son passage à Kingston en mars 2014 qu’il enregistre, notamment, le titre Hard Times aux côtés de deux jamaïcains peu connus mais non moins talentueux que sont Austin James et Bamboo. Ce titre, encore une fois composé par Patko lui même, résonne de sonorités très actuelles (entre reggae stepper et électro) sur lesquelles les trois artistes se font les portes voix des laissés pour compte. Ce nouveau single, produit par Dem Clap & Galang Records voit le jour au printemps 2015.

La palette vocale de Patko s’est enrichie au fil des années, sa voix alterne aisément entre chant mélodique et un style Dj énergique. Dans l’écriture, Patko a également mûri, il va désormais à l’essentiel. S’il aborde toujours des thèmes universalistes qui lui sont chers, il n’hésite plus à s’aventurer sur un terrain plus introspectif qui reflète des préoccupations plus personnelles, notamment celle d’être père.

MAROON

Toutes les influences portées depuis plus de quinze ans par Patko se retrouvent sur les titres de ce nouvel album « Maroon ». On y retrouve ses inspirations caribéennes, sud américaines, africaines et européennes.

Patko a cette capacité rare, qui consiste à s’imprégner de toutes ces influences musicales sans jamais perdre sa propre identité. Ses textes abordent des thèmes simples et universels mais ne tombent jamais dans la simplicité. Il ne cède pas aux clichés ou aux leçons éculées, Patko transmet ce qu’il vit, traduit ce qu’il voit, il ne ment pas. C’est bien d’un universaliste qu’il s’agit et chez lui ce n’est pas uniquement un concept ou une posture. C’est ici le vrai reflet de son parcours depuis les rives du fleuve Maroni où il est né, jusqu’aux villages africains qu’il a traversés ou aux mégapoles américaines et européennes dans lesquelles il pose régulièrement ses valises. Nourri de cette diversité d’un monde sans cesse en mouvement, Patko compose et écrit des chansons singulières et intemporelles.

Cet album s’inscrit dans la continuité du précédent, Patko continue son voyage musical à travers les continents. La couleur dominante de l’album est un reggae roots moderne dont l’originalité est de ne pas se limiter à ce seul spectre. On découvre avec bonheur des influences de musique dite « World » comme de rock, hip hop ou même des sons proches de l’électro et ce cocktail n’est jamais indigeste ! Dans ses compositions Patko ne cherche pas la surenchère, il trouve à chaque fois l’équilibre et la justesse dans ses choix artistiques en osant s’aventurer sur des terrains que seul son talent lui permet d’aborder sans se perdre. Quelques invités de marque participent à cet album, il ne s’agissait pas « d’accumuler » des noms sur la pochette mais bien pour chacun d’apporter une couleur particulière à certains titres qui l’exigent. Sont de l’aventure Fantan Mojah, Danakil, Rockin’ Squat (Assassin), Dean Fraser, Manjul, Fitzroy ‘Dave’ Green, Stone Strickland, Sherkan, Joggo, Kerri-Ann Lewis, Djely Kouyaté…

Tracklist :

01 – Tears
02 – Lob Suriname Ft. Fantan Mojah & Joggo
03 – Maroon Ft. Djely Kouyaté
04 – Here To Learn
05 – Egalité & Justice Ft. Balik & Natty Jean (Danakil)
06 – Dutty Money
07 – Kingdom of Ashes Ft Rockin’ Squat (Assassin)
08 – I Know
09 – Because
10 – She’s in Love Ft.Kerri-Ann Lewis (Indignation)
11 – Solid As A Rock Ft. Dean Fraser
12 – Daddy
13 - Outro

L’album MAROON en quelques lignes :

01 – Tears
Des larmes… Ces enfants, ces femmes et ces hommes qui ne fuient rien d’autre que la persécution, la désolation, qui fuient pour survivre et garder leur dignité. A quel prix gagnent ils leur destination ? Et à l’arrivée ils n’ont plus que pour identité, réfugiés. Patko ouvre son album sur cette triste réalité qui ne devrait plus être d’actualité si chacun faisait de la misère son ennemi…

02 – Lob Suriname feat. Fantan Mojah & Joggo
Une balade musicale le long du Maroni, fleuve nourricier qui fait le trait d’union entre ses racines côté Surinam et sa terre natale la Guyane française. D’une rive à l’autre, Patko est chez lui et il chante sa passion pour cette terre et se foisonnement de cultures.

03 – Maroon feat. Djely Kouyaté
Le rythme et la mélodie de ce titre irrésistible sont une parfaite illustration du métissage de la musique de Patko, un véritable hymne « World Music », simple et rafraîchissant, qui donne envie d’entonner le refrain dès la première écoute !

04 – Here To Learn
Un véritable titre de hardcore roots reggae dont la lenteur n’a d’égale que la profondeur, pas de fioriture dans les arrangements, tout est fait pour porter au mieux un texte fort dans lequel Patko exprime « sa philosophie » face aux expériences qui ont jalonnées son parcours.

05 – Egalité & Justice feat. Balik & Natty Jean (Danakil)
Avec des paroles simples et efficaces, des flows qui restent en tête et une instru pleine de bonnes vibrations, Balik, Natty Jean et Patko s’unissent pour une même cause. Un titre rempli de soleil qui a tout du « hit » !

06 – Dutty Money
Quelle alternative s’ouvre aux jeunes des dom-tom ? Chômage, pauvreté, la drogue est un véritable fléo et le crack est dans les rues de Cayenne, Pointe-à-Pitre, Fort de France ou Kingston… « Dutty Money » pour leur rappeler que le crime ne paye pas et qu’il n’y a ni prospérité ni futur dans le « Badness ».

07 – Kingdom Of Ashes Feat. Rockin’ Squat (Assassin)
Le monde devient fou, la pression quotidienne, la corruption des élites, une démocratie qui s’effrite, l’argent comme seule valeur, les religions, la pollution… la liste semble sans fin. La guitare et la batterie finissent par s’entrechoquer à grands coup de riffs et de roulements de grosse caisse comme pour évacuer toute cette colère contenue avant qu’elle n’explose.

08 – I Know
Patko s’adresse à sa fille adolescente et souhaite la mettre en garde et lui ouvrir les yeux sur ce qu’elle voit au coin de la rue, où chacun fait ce qu’il peut pour s’en sortir. Il lui témoigne sa confiance en elle, il sait qu’elle sait, mais n’oublie pas son rôle de père et veut lui rappeler qu’il restera toujours présent face à ses doutes.

09 – Because
Pas de compromis possible, Patko clame son esprit rebel, militant et insoumis. Il se bat pour ses convictions, pour unifier les peuples et éveiller les consciences.

10 – She’s in Love Feat. Kerri-Ann Lewis (Indignation)
C’est avec subtilité que Patko aborde ce titre d’apparence plus « léger » que le reste de l’album. En apparence seulement puisqu’il est en fait question du rapport à l’autre, des aprioris et des difficultés pour cette femme amoureuse d’un Rasta, à le faire accepter par sa famille et son entourage.

11 – Solid As A Rock Feat. Dean Fraser
Un regard lucide et amer sur une société où il doit encore lutter pour se faire accepter et encaisser les multiples petites humiliations quotidiennes qui le ramènent à sa seule condition « d’homme noir ». Pas de victimisation dans ce texte, rien qu’un éclairage sur une situation trop souvent ignorée, voir niée, par une majorité « bien pensante »…

12 – Daddy
Patko s’adresse à son père disparu. Aujourd’hui, en regardant grandir ses propres enfants, il est en mesure de mettre des mots sur cette douleur. Un chant pour tous les orphelins qui pleurent en silence.

13 – Outro
Patko ne craint pas de faire face à ces bonimenteurs du music business et les renvoie à leurs contradictions, le verbe incisif et chargé de vérité… Textes : Boris DAVID

PATKO EN CONCERTS
28.11.2015 – La Palun – Buis Les Baronnies
05.12.2015 – La Vapeur – Dijon
16.12.2015 – La Marquise – Lyon

patkomusic.com/

Notes

[1] Les Maroons (appelés aussi Marrons ou Neg’ Marrons) ne reconnaissent généralement pas la frontière entre le Suriname et la France. Ils sont les descendants d’esclaves noirs révoltés ou enfuis des plantations avant l’abolition de l’esclavage, ou des descendants d’esclaves libérés. D’abord réfugiés en forêt profonde pour éviter d’être repris, ils se sont ensuite installés sur les rives des grands fleuves, surtout sur le Maroni.

[2] Les Maroons du Suriname ont longtemps joué le rôle d’un symbole fort de la survivance culturelle africaine dans les Amériques. Les musiques profondément africaines des Marrons – des genres tels que sêkêti, awasa, susa, papa, et kumanti – forment une partie importante de cet héritage culturel africain. Tous ces genres traditionnels sont encore très vivants et demeurent aussi indispensables que jamais aux contextes et aux événements sociaux auxquels ils sont associés. (Kenneth Bilby – Smithsonian institute, Washington D.C.)

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