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Il n’y a plus de marelles dans les écoles.

lundi 26 mars 2012, par Séverine Capeille

Il n’y a plus de marelles dans les écoles.


Vous voyez cette phrase ? On peut l’envisager de différentes façons. Les linguistes l’analyseront d’un point du vue grammatical, parleront de sujet, de verbe et de complément. Les sociologues y verront un constat, vérifieront la crédibilité de l’information, feront des statistiques. Les enseignants, eux, parleront d’une intéressante problématique permettant de questionner les rapports qu’entretiennent le « ludique » et le « pédagogique ». Et puis, enfin… Et puis, surtout… il y a les poètes…

Les poètes ne voient pas une phrase mais un vers écrit en alexandrin. Ils voient une allitération en [L], les poètes, ils voient des « ailes » qui ont emporté la légèreté, les sourires et les cloche-pieds qui menaient vers le Ciel.

Ils ne voient pas des syllabes mais une mélodie. L’air d’une chanson triste, le thème d’une Tragédie. C’est un refrain sans assonances, cherchant des chemins de tendresse. Une complainte douloureuse, prononcée en vitesse. Une implicite exhortation à l’efficience, une sourde mélopée méprisant l’Innocence. C’est bête… Ils ne voient pas des lettres, mais une négation posée sur les brouillons de l’existence. Les poètes…

Ils retiennent leur inspiration…

Ils voient la cour de récréation. Ils perçoivent les souffles et les prières. La tête dans les nuages et les deux pieds sur Terre. Ils voient le caillou jeté sur la marelle, le geste aventureux, ancestral et universel. Amérique, Afrique, Europe, Asie… Ils voient un tracé à la craie pour effacer Babel. Et c’est joli…

C’est simple comme une veillée en colonie de vacances ; comme les plumes qui surgissent de l’édredon, martyr des batailles de l’enfance. C’est précieux comme la seconde qui précède les grands sauts ; comme le sable boueux qu’on transforme en château. C’est la nécessité de l’inutile. Le dérisoire et le futile. L’essentiel.

Alors ils sautent, les poètes, ils cherchent l’équi’libre, entre consonnes et voyelles. Ils avancent cahin-caha, franchissent tous les échelons de l’ascension émotionnelle. Pour briser les écrans de l’indifférence. Pour oublier l’ami « Inconnu à cette adresse ». Ils s’élancent. Albatros pleins de maladresse. Les poètes…

Ils essayent d’éviter les cases où se trouvent les pierres. Ils aiment jouer avec des petits riens dans la lumière. Ils ne savent pas toujours où il faut mettre les pieds, franchissent parfois les limites à ne pas dépasser. Ils comptent… un, deux, trois… sur la marelle. Quatre, cinq, six… Hémistiche. Leur parcours n’est jamais conventionnel. Qui comprendrait la quête de rimes riches ?

Les poètes ne voient pas un vers mais la moitié d’un distique. Ils voient des chiffres inscrits sur le sol, effacés par les progrès technologiques. Sept, huit, neuf… Ciel ! Où sont les détours et les instants magiques ? Cette époque où une craie suffisait… Les poètes… Ils n’oublient jamais vraiment l’enfant qu’ils ont été. Ils sont la liberté infinie des débuts de journées. Ils ne rougissent pas d’imaginer une pluie d’avions en papiers…

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