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Faut pas croire tout ce que disent les medias... même Rue89...

samedi 23 octobre 2010, par Flô Bouilloux

Après la manif contre la réforme des retraites du 16 octobre 2010, Eco89 a publié un article retraçant la journée. Comme je n'étais pas d'accord avec leur vision des évènements de la fin de manif à Bastille ( en utilisant mes propos en plus ! ), je leur ai envoyé le petit mail qui suit. Et comme ils récidivent dans un nouvel article ,sur Rue89 cette fois, je publie mon mail pour que chacun puisse avoir les différentes versions de ce qui s'est passé... À vous de juger...


 Voilà les liens des articles auxquels je fais référence :

Celui auquel j'ai répondu : Manifs : le pouvoir toujours sourd, la rue encore là ( datant du 16/10/2010 )

 Celui qui utilise mes propos : Manif des retraites : la violente équipée de casseurs dans Paris ( datant du 18/10/2010 )

 Voici mon mail :

Bonjour,

Je vous écris parce que je ne suis pas d'accord avec votre article Manifs : le pouvoir toujours sourd, la rue encore là, et comme j'aime bien votre site et que j'aime y puiser une information différente de la propagande médiatique habituelle, j'ai envie de prendre le temps de vous expliquer que vous faite erreur.

Mon message concerne cette partie-là :

19h12. Dans le quartier de Bastille, à Paris, la situation a dégénéré. De petits groupes de casseurs, certains équipés de matraques, ont investi les avenues partant de la place de la Nation, courant pour échapper aux forces de l'ordre, jetant des canettes de bière, enflamment des poubelles aux carrefour et saccageant des terrasses de café.

La vitrine d'une agence du Crédit lyonnais a été défoncée. Un passant qui tentait de dissuader les vandales a été frappé de coups de poing et de pied portés au corps et au visage, avant que d'autres participants interviennent pour le dégager.

Pendant le passage -éclair- de ces groupes visiblement bien organisés, des touristes affolés se réfugient à l'intérieur des bars et restaurants. Trois personnes au moins ont été interpellés.

Certains sont parvenus à entrer à l'intérieur de l'opéra Bastille, avant que les policiers ne parviennent à en bloquer l'accès. Ces petits groupes très mobiles se sont ensuite (provisoirement ? ) dispersés une fois arrivé à Bastille. Rue89

J'y étais, j'ai suivi le cortège qui remontait la manif à contre courant pour aller faire une action qui s'est terminée à Bastille.

  1. Ce n'était pas " de petit groupes ", c'était au moins 200 ou 300 personnes au départ de toutes organisations (syndicats, partis...).

  2. Je ne me considère pas comme une " casseuse ", ( merci pour l'insulte... ) et je peux vous dire que la très très grande majorité des gens qui étaient là n'en n'étaient pas. Mais il y avait effectivement deux ou trois excités qui ont commencé à mettre le feu à des poubelles, qui ont attaqué la banque et deux passants qui se trouvaient là. Ça a choqué tous ceux qui faisaient partie du cortège.

    Avec mes amis, on a discuté avec une fille qui faisait partie du collectif organisateur, le même d'après ce que j'ai compris que ceux qui ont bloqué Austerlitz mardi dernier. On voulait savoir si le départ pour l'action avait été aussi violent la dernière fois, elle nous a répondu que non, elle était visiblement inquiète de l'issue du mouvement.

Ce qu'on a trouvé bizarre, c'est qu'on a déambulé dans les rues sans voir un seul camion de police, on a croisé des voitures, mais elles ne s'arrêtaient pas, ils savaient où nous étions, mais pas un seul gyrophare à l'horizon.

Petit-à-petit, le cortège s'est réduit, peut-être, justement, à cause de ces quelques excités qui mettaient tout le monde mal à l'aise et aussi du fait qu'on ne savait toujours pas quel était le but de l'action.

Un groupe de policiers en civils est arrivé par derrière, ils ont arrêté un manifestant qui était sorti du cortège. Avec mes amis, on ne sentait plus l'histoire depuis un moment, on a donc décidé de profiter de la cohue générale et de bifurquer dans une petite rue. On n'a eu aucun problème, on n'a croisé aucun uniforme.

Arrivés à Bastille, on voit l'opéra assiégé par les CRS. Devant l'entrée, les 20 qui ont réussi à sortir demandent la libération de leurs camarades. On retrouve un de nos amis dont on apprend qu'il a suivi le cortège jusque-là mais que, quand il a vu les premiers manifestants s'engouffrer dans l'opéra, il n'a pas compris le but de l'action et ne les a pas suivis.

Petit-à-petit, on comprend que le but était d'entrer dans l'opéra à 300 personnes, parce qu'avait lieu à ce moment-là un concert retransmis en direct ( à vérifier ), ils auraient alors pu l'interrompre pour utiliser ce moyen de communication, ou au moins utiliser l'opéra comme lieu pour mener une AG.

En tout cas, je trouve que ce qui s'est passé soulève plusieurs questions :

  1. les " casseurs " étaient-ils des excités qui ont juste suivi le mouvement ou des policiers en civil venus discréditer l'action, ce qui a été le cas en tout état de cause ?

  2. pourquoi la police n'a-t-elle pas essayé d'arrêter le cortège ?

  3. l'action était-elle mal préparée ou le collectif est-il noyauté de l'intérieur voire les deux ?

C'est bien de vouloir réagir à l'actualité à chaud, mais merci de garder la tête froide. J'ai l'impression que vous faites l'amalgame entre action directe ( ou encore désobéissance civile ) et actes de violence gratuite. Je trouve ça très grave, alors laissez-moi essayer de vous expliquer ce que c'est que l'action directe : quand une loi est injuste, que le pouvoir ne veut rien entendre, face à l'oppression, la désobéissance civile par l'action directe, qui n'est pas nécessairement violente, est le seul moyen pour le peuple de forcer le pouvoir à l'écouter et d'obtenir des changements.

" C'est grâce aux actions, pacifiques ou violentes, des précurseurs du changement social que la Conscience Humaine, la conscience des masses, s'éveille au besoin du changement. […] L'action directe est le héraut, l'élément déclencheur, qui permet à la grande masse des indifférents de prendre conscience que l'oppression devient intolérable. " Voltairine de Cleyre, De l'action directe, éditions du Sextan, 2010.

Faucher des plans OGM, c'est de l'action directe, s'asseoir dans un bus pour Rosa Parks en 1955, c'était de l'action directe.

Que le pouvoir réprime et tente de discréditer les actions, c'est une chose, c'est même normal, on peut dire que ça fait partie du jeu, mais rien ne vous oblige à vous en faire les complices.



 

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