Sistoeurs

Accueil du site > Anor mâle > Dans le miroir

Dans le miroir

lundi 14 juin 2010, par Lydia Maleville

Le métro était complet et transportait sans douceur sa cargaison humaine secouée en cadence, avec soumission, au rythme des virages souvent secs.

Pierre avait réussi à se faufiler, et à trouver une place, le dos coincé contre la paroi, ce qui le mettait à l’abri d’une main baladeuse qui partirait, comme si souvent, à l’assaut de sa culotte.
Il était coincé, la poitrine écrasée, soumis à la pression des voyageurs serrés les uns contre les autres.
Il ne sentait plus son corps, ses yeux se fermaient malgré lui.
Sa journée de travail pesait lourd.
Ses huit heures de bureau et ses trois heures de transport quotidien se terminaient enfin, par ce retour harassant à son domicile.
Il était debout depuis six heures du matin.
La journée avait comme toutes les autres, commencé par le supplice du réveil matin.
Puis le cœur au bord des lèvres à force de fatigue, il avait préparé ses trois jeunes enfants, pour les conduire à l’école.
Réveiller, habiller, petits déjeuners : tout s’enchaînait de façon mécanique.
Ces petits étaient bien grognons, car ils étaient tout aussi mal réveillés que lui.
Il n’était pas question de câlins ou de petites histoires : vite le petit déjeuner, vite un peu de ménage, vite un rasage raté, vite le manteau, l’écharpe, la pendule, vite, l’ascenseur, s’il te plaît, appelle le, je suis en retard, la nourrice pour le petit dernier, vite, les plus grands, vite, avance, tiens ton cartable, marche sur le trottoir, dépêche toi, pourquoi tu pleures ?, donne la main à ton frère, j’ai pas le temps, avance, marche, non je ne peux pas te porter, on verra plus tard, je vais être en retard, vite, tu m’énerves, rentre dans l’école, mais dépêche toi, il faut que j’aille au travail, vite ,oui, bisou, au revoir, à ce soir, bisou à toi aussi, bisou mes petits, soyez sages, oui bisou, bisou, à ce soir...
Un petit bécot rapide sur le haut du front et hop !, un départ en courant...
Ainsi, un sentiment de honte et de ratage grandit un peu plus chaque matin, une honte de se sentir mauvais parent, les pauvres gosses !?
Et chaque jour, ce sentiment de culpabilité qui grandit, et qu’il partage avec tant d’autres papas.
Chaque matin, ce sentiment d’échec persiste, le temps du trajet de trente minutes de bus, puis enfin s’estompe légèrement pendant les quarante cinq minutes de métro, et se trouve par force dissipé par le sprint quotidien de dix minutes qui l’amène devant la pendule pointeuse d’ IBM.
La gêne qu’il éprouve est chassée, car d’autres impératifs et d’autres angoisses s’imposent alors.

Car Pierre le sait, il sera, très certainement, convoqué chez le chef d’agence pour avoir été deux fois en retard de trois minutes ce mois- ci.
Il sent son rêve de promotion s’envoler, lui échapper.
Et pourtant, lui qui comme beaucoup de garçons n’avait fait que peu d’études, était si fier d’avoir réussi ce difficile concours de promotion interne et attendait encore plein d’espoir de partir en stage, pour évoluer dans sa carrière.
Mais voilà, la direction l’avait convoqué pour lui signifier que sa demande serait refusée.
Toutes ses collègues femmes avaient déjà reçu une formation en vue d’un nouvel emploi, mais ses demandes insistantes n’avaient pas reçu l’agrément nécessaire de la direction, ses demandes n’étaient pas justifiées et resteraient sans suite.
La petite phrase qu’on lui opposa alors, au cours de l’entrevue, résonne toujours dans sa tête : « Monsieur, nous vous félicitons car vous avez trois beaux enfants. Vous avez là une belle famille, c’est une noble occupation, c’est un bel emploi, qui doit occuper tout votre temps, et votre femme est promise à une belle situation, vous n’avez pas besoin d’avancement, nous avons donc pensé qu’il était préférable que vous restiez à votre poste ».
Ce refus était dans la continuité de tout ce qu’il avait voulu ignorer depuis sa venue au monde.
Un garçon n’a pas besoin de faire des études, une femme n’aime pas avoir tort, sois beau et tais toi, reste à ta place, c’est pas beau dans la bouche d’un petit garçon, Freud dit que le garçon est une femme ratée qui souffre de son manque d’ utérus, les hommes sont brutaux, et violents, jaloux par nature, leur intelligence est bien inférieure à celle d’une femme tellement plus fine, il sait que selon les croyances, il n’a été crée que pour reproduire l’espèce et la protéger, aussi utile qu’un bourdon, ou le mâle de la mante religieuse...
Toute l’imagerie populaire, tous les schémas sociaux et religieux l’écrasaient, l’emprisonnaient depuis toujours, plus sûrement qu’aucun barreau ne saurait le faire.
Il avait grandi dans la culture de son pays, dans la religion et ses préceptes et dans le poids exemplaire de l’histoire humaine.
Il avait souvent prié, récité le Notre Mère, avec sa fille et la Sainte âme.
Il avait engrangé dans son esprit de petit garçon, l’histoire des reines successives qui tenaient à l’écart les hommes, réputés frustres, rustres et peu malins, musclés, utiles mais violents, elles étaient emplies de leur supériorité, et de la totale suprématie de la femme, amazone de la création.
Déesse, mère, créatrice de l’univers.
L’ esprit de Pierre était nourri de ces phrases, de tous ces mythes fondateurs et sa personnalité s’était construite sur ces certitudes, malgré lui, en dehors de sa réflexion.

Toujours en retard, Pierre sorti de l’ascenseur avec tant de précipitation qu’il se heurta à Mr Paul, son collègue de bureau, et il manqua de peu de le percuter.
Celui- ci avait les mains chargées de gobelets de café qu’il portait à ses supérieures, à toutes ces dames responsables, car, comme chaque matin il faisait le service auprès de la hiérarchie.
Pierre vit Mr Paul entrer dans le bureau de la chef de service et le vit laisser délibérément la porte grande ouverte.
Mais cette astuce fut inutile, car au moment où il passait, Pierre vit la chef du service se lever et refermer soigneusement la porte.
Pauvre Mr Paul, pensa Pierre, cette femme de plus était si laide, ventrue, un corps difforme, mou, peu soigné, jamais coiffée et souvent en sueur, mais bon, il est vrai que c’était une femme et qu’une femme n’a jamais autant besoin qu’un homme de rester jeune et belle, on lui accordera toujours un certain charme.
Personne dans le service n’ignorait ce qui se passait dans ce bureau fermé, ce que son pauvre collègue devait subir sous peine de perdre son emploi, les attouchements sexuels et plus encore et inévitablement les tristes larmes de son collègue qui viendront ensuite et seront suivies de dégoût et un jour de dépression.

Pierre éprouvait une aversion pour ces pratiques qui faisaient d’eux des jouets sexuels soumis et manipulés comme de simples mécaniques.
Qui salissaient l’amour.
Mais il ressentait aussi, une profonde souffrance, une douloureuse gêne car il avait conscience avant tout de la destruction psychologique, de la déformation pathologique de ces jeunes garçons malades, qui trouvaient un plaisir à ces soumissions malsaines, qui étaient pervertis, d’une moralité corrompue, et avaient fini par trouver une jouissance masochiste à vivre asservis, tous ces hommes qui s’étaient perdus, sans respect pour eux-mêmes, devenus collaborateurs de leur propre déchéance, pauvres jouets aux ressorts cassés.

Malgré tout, Pierre, lui, connaît sa chance, tout n’est pas si noir, et les mentalités avancent.
Il sait qu’il ne peut se plaindre, les comportements ont tellement changés ! Oh, oui tellement !
Il faut dire qu’aujourd’hui, contrairement à son père qui vécut toujours sous la tutelle des femmes, lui, Pierre, a depuis quelque décennies le droit de voter, l’église longtemps rétrograde, lui reconnaît une âme, il a même, depuis quelques mois le droit d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de sa femme, il peut travailler, garder son argent, et disposer de son salaire, et tant de progrès inespérés et obtenus à force de combats mortels pour beaucoup de ses courageux frères qui l’ont précédés.
On ne pourra bientôt plus lui imposer un enfant non désiré, et ceci en dépit de la violence de la religion et des nombreux anathèmes lancés par les religieuses et la papesse qui règnent encore, sur toutes les âmes. Mère universelle vénérée et glorifiée par tous.
Pierre ne peut oublier le rejet de sa famille lors de son mariage, leur absence et leurs insultes parce qu’il avait mis sa femme enceinte avant de se marier, donc il avait péché, fauté et perdu sa précieuse virginité, qui lui donnait sa vraie valeur.
Ce fût une très grande chance que sa femme ait accepté de l’épouser.
Il fut donc mis pour plusieurs années à l’index, et rejeté de sa famille qui s’était montrée mortifiée par son absence de moralité.
Il ne peut, non plus, oublier que né dans un autre pays il aurait été condamné à mourir par la lapidation pour une telle faute.
D’une autre confession religieuse, il aurait dû entendre sa femme prier chaque matin, et remercier sa déesse mère de ne pas l’avoir fait "homme", ce qui eut été pour elle, une infamie, une malédiction.
Pierre ne pouvait donc que se réjouir, il avait une bonne épouse, elle ne le battait pas souvent et ne le maltraitait pas, en dépit de quelques gifles ou bousculades sans importance.
Elle lui avait même offert un belle cuisine équipée et confortable pour qu’il cuisine chaque jour, dans les meilleures conditions possibles. Elle n’était pas trop regardante sur ses dépenses pour garder la ligne et lutter contre ses rides et sa perte de cheveux.
Sa peur de vieillir était une lutte de chaque jour, devenait une crainte obsédante et, comme tous les hommes, il avait recourt aux greffes de cheveux, aux heures devant la glace, à tous les soins possibles afin de rester assez séduisant pour ne pas être rejeté ou oublié, et garder sa place dans son couple.
En admettant qu’il fut capable de faire face à la blessure affective, comment ferait-il pour vivre avec son si petit salaire, si sa femme l’abandonnait pour un autre, plus beau, plus jeune ?

Pierre sait qu’aujourd’hui des voix s’élèvent un peu partout et parlent d’égalité. Les ministres, la présidente de la république, presque toutes les associations, toutes les personnalités se sensibilisent et luttent contre la circoncision et l’ émasculation, mais aussi contre la tuerie des petits garçons en Chine, et contre toutes ces femmes qui partent en tourisme sexuel, la prostitution systématique des jeunes garçons...
Des voix veulent faire condamner le viol d’un homme, comme un crime.
Et même, pour ceux-ci, autoriser le choix d’enfanter que s’ils le désirent.
Les femmes du gouvernement, conscientes du déséquilibre né avec le matriarcat rayonnant et triomphant datant de l’âge de fer, tente de rétablir l’équilibre social en intéressant les hommes à la politique dont ils ont été exclus, et dont ils se sentent maintenant étrangers par nature.
Pour ce faire, elles légifèrent et votent des lois pour la parité femmes-hommes.
Les hommes peuvent même, encore un progrès significatif, donner leurs noms à leurs enfants !
Partout des foyers se sont ouverts pour permettre aux hommes battus de se réfugier en cas de danger.
On voit même aujourd’hui apparaître, fait nouveau, de nouvelles mamans qui vont jusqu’à réclamer - ce qui là aussi, est une vraie révolution - la garde de leurs enfants et accepter de les élever elles mêmes, et seules, en cas de divorce.
Comment faire évoluer les mentalités et l’égalité des salaires, sachant qu’une femme gagne à travail égal, 30% de plus qu’un homme ?
Il faut admettre que la condition de l’ homme avait bien évolué, et que beaucoup de questions se posent à notre société.

Tout bouge donc. Le MLH, a changé la physionomie de notre société qui est aujourd’hui égalitaire et respectueuse.
Tout progresse et s’équilibre, et Pierre en est fortement conscient.

Il se rappelle que son père et son grand- père ont vécu comme des esclaves sans importance.
Ils ont souffert de leur condition d’hommes, mais aujourd’hui tout est différent, car les acquis sociaux sont grands ; les progrès sont tels, si sensibles, que aujourd’hui les hommes sont libres, ils travaillent et sont les égaux des femmes, ils ont les mêmes droits.

Pour le moment, Pierre est coincé dans son angle de métro, et il s’endort de façon irrésistible.
Pierre tient sur ses genoux, dans son sac, les courses faites à midi, pendant son heure de repas, alors qu’il courait, son sandwich à la main.
Il revoit mentalement sa liste : du beurre pour demain, l’ effaceur et un paquet de copie pour sa fille, des fruits et des chocoBN pour les 4 heures, de la lessive, un paquet d’enveloppes pour son courrier administratif en retard, poster la déclaration d’impôts qu’il a enfin finie de remplir, de la crème démaquillante pour sa femme et... zut, mais zut, il a oublié de racheter une ampoule pour la salle de bain !
Il va se faire engueuler par sa femme.
« Tu ne penses à rien, réfléchi, et les serviettes de la salle de bain qui puent, mais qu’est-ce que tu fous ?! »
Mais cela ne l’émeut pas, avec l’habitude tout glisse. Bon ! Qu’est-ce qu’il va faire pour le dîner ?
Dans sa torpeur, il entend déjà la voix de sa femme en entrant dans l’appartement.
Il connaît si bien le scénario, et s’énerve déjà par anticipation, de cette première phrase en guise de bonsoir : " qu’est-ce qu’il y a à manger ? C’est pas prêt ?"
Puis elle ira attendre avec impatience, agacée devant la télé.
Dans l’immédiat, ramassé sur lui même, Pierre est abruti, son esprit est embrumé, sa tête dodeline un moment puis tombe, il dort.
« Je me lève plus, je n’irai pas chercher les enfants, je ne leur fais pas faire leurs devoirs, je ne fais pas à manger, je ne fais rien, je ne m’occupe de rien, je rentre et je me couche... »
C’est la seule pensée, plus exactement c’est la seule sensation, que son cerveau est encore capable d’émettre.
Mais bientôt le métro arrive au terminus, son brouillard n’est encore pas dissipé et cette fatigue est une torture.
Sans précipitation, la foule se lève avec lenteur, puis se met enfin en route, descend du wagon et c’est tout le quai qui marche.
Pierre s’accroche au mouvement général et se lève mollement comme un zombi.
Il commence à marcher lentement, monte les marches du métro comme une machine en conduite automatique.
De pas lents en pas lents, il se retrouve guidé par l’habitude devant sa station de bus.
L’air frais de l’extérieur, par miracle, le ranime suffisamment pour lui insuffler le souffle d’énergie utile, indispensable pour aborder sa seconde journée de travail qui l’attend.
Il retrouve lentement ses esprits et ses devoirs de père de famille.
Ah ! mais oui, se souvient-il, ce soir, il y a un match de foot et donc c’est soirée télé à la maison.
Sa femme aura invité ses amies. Il a heureusement, pour cela, lors des dernières courses, fait le plein de pizzas, de diverses boissons et de bières.
Le foot est une affaire planétaire, une passion pour beaucoup, et toutes les femmes du monde y participent peu ou prou.
Mais, depuis que les garçons sont admis à faire du sport, on les voit, eux aussi, se passionner pour les matchs, même si cela reste encore modéré, marginal.
Faire du sport pour un garçon était tout à fait proscrit lorsqu’il était enfant sous le prétexte qu’il se transformerait vite en bête.
Puis avec l’évolution, le sport avait était toléré mais était encore mal venu.
"C’est pas beau un homme musclé, on dirait un animal", disait sa mère avec une pointe blessante de dégoût.
Ces remarques le désarçonnèrent longtemps et, petit garçon, il mit longtemps à s’accepter, à ne plus trop se haïr. Il savait, comme tous les hommes de cette terre, que son aspect physique était son passeport pour l’amour.
Les femmes rencontrées dans la rue pouvaient faire preuve de cruauté et de moqueries sur sa silhouette, son habillement ou simplement son allure générale, et leurs quolibets jetés à voix hautes pouvaient déchaîner des crises de fou rires, des railleries souvent humiliantes, dans une foule de femmes promptes à juger, et se moquer.
Ce soir, ces dames seront cinq ou six à hurler sur les joueuses et l’arbitre, y aura du bruit et du ménage supplémentaire demain matin, comme dans presque toutes les maisons de France et de Navarre.
Le séjour sera encombré et il faudra coucher les enfants très vite.
Pierre sait que cela sera encore, comme toujours, la bagarre pour les mettre au lit, après le repas et le bain.
Mais il va profiter de cette soirée entre femmes pour, dans son coin, finir le repassage qui s’accumule depuis de longs jours, et faire un peu de rangement.
Maintenant, le voici, qui court presque pour aller chercher les enfants, le plus petit chez la nourrice, les plus grands à la garderie de l’école.
Il retrouve sa progéniture et, comme chaque soir, les enfants sont excités et se font un devoir de ne rien faire de ce qu’il leur demande.
Arrivés dans la maison sombre, il s’empresse de donner les ordres : déshabillez vous, fais couler le bain, vite, range ton cartable, allume la télé.
Sur l’écran, les informations du jour déversent les nouvelles qui n’en sont pas.
L’image montre une rue du Nari ou du Kari , enfin un de ces pays.
Cela ne fait aucun doute sur le lieu du reportage puisque la foule qui bouge sur l’écran est composée uniquement de femmes, absolument aucun homme n’est visible, ils sont rayés de la face du monde.
Toute l’humanité est féminine. Parfois, Pierre imagine un extra terrestre découvrant ce spectacle. Il en déduirait bien évidemment que la population terrienne ne se compose que d’un seul sexe.
Il est vrai que dans ces pays, les hommes, éternels mineurs, individus de seconde zone, n’ont pas le droit de sortir sans être escortés d’une mère, d’une sœur ou d’une épouse. Ils sont entièrement soumis à l’autorité féminine, dépendants depuis leur naissance de cette ascendance, et ils se doivent, afin de ne pas exciter les appétits sexuels des femmes, de se dissimuler entièrement sous un grand bout de tissu aussi informe que possible jusqu’à ne pas être reconnaissables.
Les hommes, dans ces cultures, n’ont pas le droit non plus de conduire, ou de se faire soigner, en résumé, ils n’ont que très peu de droits.
Et c’est en partie l’objet du reportage que traite la journaliste des infos du soir, puisqu’il est encore et toujours question du débat sur le voile.
Doit-on interdire les hommes en burqa au volant ? Faut-il interdire ces hommes comme des fantômes de cauchemar, entièrement voilés sur la voie publique ?
Et bla, bla, bla, Ce serpent de mer traîne depuis si longtemps et anime les colères, les passions.
Comme l’ont fait, avant lui les débats successifs sur le droit à la paternité, sur la liberté sexuelle pour les jeunes garçons, sur le droit aux études des jeunes hommes dans les pays en voie de développement.
Peut-on accepter la polygamie en France ? Une femme peut-elle avoir plusieurs hommes ?
N’est-ce pas, dans nos pays civilisés, une atteinte à la dignité de l’homme ?
Ce combat, cette marche arrière, cette haine sexiste devait-elle encore recommencer ?
Avait-elle encore droit de cité, qu’en serait-il des droits de son fils ? Et de son bonheur ?
Pierre, appelé à ses incontournables tâches ménagères, écoutait malgré lui ces paroles douloureuses, sans avoir le temps de prendre conscience qu’il en souffrait.
Puis, occupé à sortir sa table à repasser, il s’en saisit, soudain comme il l’aurait fait d’une mitraillette et visa avec rage ces intégristes, ces fossoyeuses de l’égalité et de la paix.
Avec détermination, il aligna le long du mur du couloir, une file imaginaire de ces sales gardiennes de la foi et de la morale, et il les balaya toutes, sans coup férir, de plusieurs rafales qui, bien que fictives, lui apportèrent malgré tout un sentiment de soulagement intense.
« Ça ne va pas recommencer, non ?! Stop ! On discute plus, on tire ! »
Cette sentence sans appel fut la conclusion qu’il exprima à voix forte en s’emparant de son fer à repasser, pendant que le brouhaha du match et des voix de femmes des supporters d’opérettes résonnaient dans son séjour bruyant.

Répondre à cet article

2 Messages de forum

  • Dans le miroir

    5 juillet 2010 23:27, par Marlene
    Bravo Lydia, j’aime énormément ce pendant mâle d’une situation féminine tellement connue ! Bisous

    Voir en ligne : http://monnuage.free.fr

    Répondre à ce message

    • Dans le miroir 6 juillet 2010 08:08, par Maleville
      Merci Marlène, mon but avec cette inversion était de proposer de regarder sous un autre angle une situation souvent douloureuse et que l’on ne voit même plus. Une lectrice m’a dit :"en lisant "dans le miroir" j’ai eu de la peine pour cet homme, j’avais pitié, mais si ça avait été une femme, ça ne m’aurait rien fait, j’aurais trouvé ça normal " Ce qui est habituel ne se voit plus. Merci de ta lecture, j’espère que tu vas bien. Poutous

      Répondre à ce message


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Newsletter | Nous contacter | Qui sommes-nous ? | SPIP
Les articles sont publiés sous licence Creative Commons.
Ils sont à votre disposition, veillez à mentionner l'auteur et le site émetteur.